dimanche 28 août 2011

De ‘’l’ivoirité’’ à la ’’francité’’, Fillon creuse le sillon



Il s’appelle François Fillon, Premier Ministre français depuis l’ère Sarkozy. Elle s’appelle Eva Joly, candidate écologiste à la présidentielle française de 2012.  Deux français de l’arène politique projetés au devant de l’actualité par une déclaration et une réplique qui resteront dans l’histoire comme l’une des dérives humaines  les plus avilissantes.
Le 14 juillet 2011, une panoplie de militaires, parés de leurs plus belles uniformes, munis de leur arsenal de pointe, manœuvres militaires à l’appui et,   s’inscrivant dans une tradition  multiséculaire, a fait un défilé sur les Champs Elysées.
 Eva Joly, citoyenne française, certainement ennuyée par les longues minutes de passage et le budget exorbitant débloqué pour que tout ceci soit, s’exclame dans une déclaration, compare cette cérémonie à celle qui se déroule à Pyongyang, et décrète son inutilité : « Je pense que le temps est venu de supprimer les défilés militaires du 14 juillet parce que ça correspond à une autre période »
François Fillon, depuis Abidjan où il effectuait une tournée africaine trouve que le Rubicon est franchi par Mme Joly qui,  non seulement devrait se taire, mais devra surtout rejoindre la Norvège,  son pays d’origine. «Je réagis avec tristesse. Je pense que cette dame n'a pas une culture très ancienne des traditions françaises, des valeurs françaises, de l'histoire française»
Si ce n’était pas à Abidjan que ce discours a été prononcé, cela n’aurait pas reçu le même écho.
La Côte- d’Ivoire sort à peine d’une dizaine d’années de conflits armés inter ethniques et ce serait dévoiler un secret de Polichinelle  que d’affirmer que les raisons de cette guerre fratricide résident   dans la volonté farouche d’une partie de la classe politique de barrer le chemin de la présidence à un seul homme : Alassane Dramane Ouattara.
Le concept de l’ivoirité démonté plus tard par le regretté écrivain Ahmadou Kourouma dans son roman posthume Quand on refuse on dit non, mais que les caciques des régimes Bedié, du fasciste  Guéi, et du « boulanger » Laurent Gbagbo ont,  fait naître et  nourri de 1999 à nos jours, a engendré une haine farouche entre sudistes et nordistes ivoiriens. La grande Côte-d’Ivoire, l’Eléphant d’Afrique noire que le vieux Houphouët de son vivant a bâtie de toute sa force s’est effritée dans les mains de ses héritiers qui ont engagé une lutte à mort, entrainant des populations innocentes à l’auto destruction, à la xénophobie, à l’ethnocentrisme, au fanatisme religieux et à une inhumanité   hors norme.
Cet épisode malheureux de l’histoire ivoirienne, c’est la France (au nom de ses intérêts bien sûr) qui a permis de la fermer en intervenant militairement pour chasser Gbagbo du pouvoir.
C’est  donc curieux que cette grande France qui joue aux sapeurs pompiers dans les autres pays, veuille par l’intermédiaire de son premier ministre devenir pyromane chez elle en ravivant la flamme de la Xénophobie.
On connaît les frasques de Jean Marie Le Pen, ex leader du Front National qui ne rate aucune occasion pour rappeler aux uns et aux autres leur origine étrangère.
Mais Le Pen s’en prend aux migrants, aux joueurs qui ne savent pas chanter la Marseillaise. Et même si c’est lui qui aujourd’hui tenait de tels propos, on mettrait cela sur le dos de sa sénilité. Pis, il ne fait pas ses déclarations en tant qu’autorité française de haut niveau.
Que François Fillon, premier des ministres français en arrive à cette extrémité, le peuple, la classe politique comme un seul homme devraient réclamer à cor et à cri sa démission.
Hélas !             
Eva Joly n’a t- elle pas le droit de donner son opinion sur une activité officielle aussi traditionnelle soit-elle ? Est-on obligé d’être citoyen d’un pays avant de se prononcer sur une de ses activités que l’on juge inutile ?  La même réaction s’observe t- elle lorsqu’elle défend partout les citoyens français contre les désastres écologiques ? Le défilé militaire est certes une nécessité, mais le faste des manifestations devrait être transformé en sobriété et le reste de l’argent affecté à d’autres projets plus sociaux.
La politique semble avoir la même couleur sous tous les cieux et dès que des intérêts sont touchés, on n’hésite pas à condamner au pilori. La tolérance n’existe pas et l’on saute sur toutes les occasions pour démontrer que Machiavel avec Le Prince est le meilleur de tous les philosophes de son temps. La déclaration vive de Fillon n’est en effet pas anodine. La France est en pleine pré campagne et Eva Joly pourrait constituer une adversaire sérieuse de Sarkozy, mentor politique de Fillon. La communication politique nécessite donc que tous les potentiels candidats soient montrés à la face du monde comme des monstres et livrés à la vindicte populaire.
On n’a pas fini de parler de l’affaire DSK que beaucoup d’observateurs de la politique française mettent sur le dos des calculs politiciens afin d’écarter celui-ci de la course présidentielle, étant déjà favori dans tous les sondages devant le président de la république.
La cruauté de l’arrestation de DSK, patron de la plus grande institution financière mondiale, l’indexation d’Eva Jolie, candidate à l’élection présidentielle dans laquelle Sarkozy est en grande difficulté dans les sondages, montrent qu’ici ou ailleurs, la politique est comme le dirait Karl Max l’opium des peuples.
C’est Henry Million de Montherlant qui aura raison : « La religion est la maladie honteuse de l’humanité, la politique en est le cancer. » En effet, autant les hommes au nom de la religion tuent, autant ils détruisent des vies humaines au nom des intérêts politiques. L’histoire montre d’ailleurs que toutes les guerres de l’humanité ont toujours des causes politiques où pour sa boulimie du pouvoir un individu invente des théories pour retourner les peuples, régions contre régions, ethnie contre ethnie, religion contre religion. L’Allemagne d’Hitler a chassé les Juifs entraînant la Deuxième Guerre mondiale, les Hutus et les Tutsis se sont entretués   au Rwanda au nom du pouvoir politique, la Belgique est sans gouvernement depuis plus d’un an parce que Flamand et Wallon ne s’entendent plus…
La France éviterait donc de s’entrainer dans une polémique inutile car si Chirac avait tenu de tels propos, Sarko le hongrois ne serait pas là aujourd’hui.

Agence Sud Presse/ Anicet Fyoton MEGNIGBETO

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