vendredi 2 novembre 2012

L'appel des esprits de Émile ÉLOMON : Et si l'Afrique refusait le développement

Colonel de gendarmerie, Émile Élomon, passionné de Lettres, certainement pour avoir le même patronyme qu'un autre Élomon, Bertin Barth cette fois, connu avec le recueil de nouvelles, La chamaille, a longtemps cherché à mettre en application les théories assimilées en Russie à l'école des télécommunications où il a appris à écrire des scenarii pour cinéma. Mais ayant la littérature en héritage familial, il a fini par choisir le genre qui le plus, se rapproche du cinéma : le théâtre. Les Éditions Plumes Soleil ont eu le privilège d'éditer cet ouvrage qui, à maints égards, conscientise, tellement les tares énormes de l'Afrique y sont étalées et dénoncées. Mais de quoi s'agit-il en réalité ?

Résumé de la pièce
Intitulé l'Appel des Esprits, la pièce de théâtre de 66 pages a connu une évolution linéaire claire et simple. Gbeffa, Un père au soir de sa vie, soucieux de sa succession et respectueux de la tradition, convoque une réunion familiale où il est question de faire appel par tous les moyens notamment les esprits, à Dossou, son fils aîné résidant en Europe depuis des décennies, afin que celui-ci puisse retourner s'installer au pays. Mais cette idée ne plaît pas à tous les enfants de Gbeffa surtout à Amangbe qui convoitait le poste de chef de famille après la mort du patriarche. Gbeffa tient bon et des cérémonies propitiatoires sont faites à l'endroit de Dossou dont la renommée sur le plan mondial n'est plus à démontrer, en témoigne une conférence internationale qu'il a animée devant un parterre de ministres venant de plusieurs pays. C'est justement grâce à ce talent que le vœux de son père sera exaucé. Le président d'Ajooka, pays d'origine de Dossou, en difficulté économique chronique parce que victime de plusieurs malversations , fait appel à Dossou pour redresser l'économie du pays en mal. La foudre tombe sur les ministres qui se sentent menacés par l'arrivée de l'expert Dossou. Celui-ci ne tardera certainement pas à découvrir les nombreuses situations de mauvaise gouvernance dont ils sont auteurs. Les malheurs de Dossou loin de se limiter à la colère de ses frères qui le traitent d'usurpateur s'élargissent aux ministres de la république. Ils n'ont pas hésité, comme l'ont déjà fait les frères, à solliciter les services d'un Boconon pour en finir définitivement avec lui. À ces deux feux s'ajoutent celui de sa femme, Sophie, européenne restée chez elle avec les enfants en attendant les vacances. Elle s'amourache d'un sénégalais, Diouf Chen dont elle porte l'enfant après quatre mois de liaisons. Elle voulut informer Dossou de sa nouvelle situation matrimoniale. Mais à peine Dossou finit t-il de lire la lettre de Sophie qu'il s'évanouit, devenant un obstacle en moins pour les ministres et ses frères, mais constituant une énorme perte pour son pays avec tant de valeurs emportées avec lui dans la tombe.



La structure formelle de L'œuvre

La pièce L'appel des esprits se présente non pas en Actes comme les classiques, mais en Appels. L'isosémie constructive amène à comprendre justement que chaque partie fait un appel. L'appel des parents de Dossou, l'appel de Dossou à la prise de conscience des africains, l'appel du président de la république, et enfin le grand appel de Dossou vers l'au-delà par les Esprits.
Loin des classiques également toute règle d'unité de temps et d'action. Les lieux se sont multipliés ; du village Midas à Adjooka en Europe, en passant par le palais présidentiel, le salon d'honneur de l'aéroport, les divers domiciles des Boconon etc..., on ne peut en aucun cas parler de cette règle. Et puis, rien qu'à lire la lettre de Sophie, on se rend compte que le temps n'est pas unique parce que dépassant largement les vingt quatre heures réglementaires.
La répartition des personnages, largement supérieurs au nombre qu'on pourrait s'imaginer pour un théâtre qui se veut moderne, se présente comme suit par Appel et par scène :





Personnages
Appel 1er
Appel 2ème
Appel 3ème
Appel 4ème
Appel 5ème
Total
1
2
3
1
2
3
1
2
3
1
2
3
1
2
3

Père Gbeffa
4 x









3x




7x
Amangbe
2x

4x








3x


1x
10x
Biowa
1x














1x
Dansy

1x













1x
Les épouses Gbeffa

1x













1x
Nonvignon


1x








1x



2x
Hlonon


1x












1x
Ayaba


1x








1x



2x
Dossou



11x
2x

8x


3x
3x


4x

31x
Sophie



10x


8x








18x
A. Michouliou




1x










1x
Issa Babilar




1x










1x
Galyba Siméon




1x










1X
Le Président





1x






1x


2x
Adaka Félix







1x

1x




1x
3x
Adjet Amou







1x







1x
Yedassomon







1x







1x
Ekammy C Rodophe







1x







1x
Sigbet Francis







1x







1x
Dadavodoun








1x






1x
Hovivi









1x





1x
Awovi









1x





1x
Ifeidoun










1x




1x
Sodja Louis










1x




1x
Gbetô










3x




3x
Zékpété











1x



1x
Sittha













5x

5x
Inspecteur Gutembert













2x

2x
Dossa














1x
1x

107 répliques au total qui révèlent le rôle principal confié à Dossou. A lui seul, 31 prises de parole. Les personnages à une réplique sont nombreux: l'auteur, certainement soucieux de rendre compte fidèlement de la réalité et animé du désir de projection et non de représentation a voulu peut-être faire intervenir plusieurs couches sociales. Ce rôle prépondérant de Dossou montre cependant combien l'auteur tient, à partir de son exemple à justifier le sous-développement criard de l'Afrique qui malgré les ressources minières et surtout humaines de qualité reste encore et toujours à la traîne.

Le refus de développement
L'appel des esprits, dont la fin irrite la plupart des lecteurs surtout avec la mort du héros Dossou, relève pourtant d'un réalisme patent. Que de cadres l'Afrique a perdu dans de telles conditions mystiques ? Que de fatuités n'a -t-on pas servi comme arguments pour priver un pays d'un éminent technicien de développement ? Que de projets salvateurs auraient pu voir le jour si, les mains noires, pour des intérêts particuliers et égoïstes n'avaient pas tout fait pour mettre fin aux jours de leurs initiateurs?
Certains cadres agissent comme si après eux ce devait être le déluge. Tout est alors mis en branle pour constituer un obstacle sérieux au développement du pays. Dossou, naïf, ne pouvait jamais s'imaginer que rentrer chez lui avec de bonnes intentions et parce qu'appelé à la rescousse par le Président de la République lui-même, il allait se retrouver dans un cercle à trois feux.

Le cercle des feux
La pièce s'ouvre sur une famille qui s'attend à passer d'une génération à une autre puisque, le chef, fatigué, presque mourant, est décidé à passer la main, mais à la personne indiquée, avant d'aller rejoindre les aïeux. Sa logique est claire, la tradition doit être respectée quoi que cela puisse coûter. C'est dans ces circonstances que le nom de Dossou, envoyé en France grâce à l'aide d'un religieux, a été évoqué. Aîné de la famille Gbeffa, il devra en assurer les destinées après le départ de son père. C'est pourquoi, les mânes des ancêtres ont été sollicités pour l'« appeler ». Une pratique courante en Afrique où, le fils exilé, qui manque à la famille, est ramené presque manu militari, puisque, là, c'est contre sa volonté. Des subterfuges mystiques sont utilisés et d'une manière ou d'une autre, « l'enfant » rentre. Mais les conséquences de cet acte ne sont pas toujours bonnes à raconter. C'est bien normal que ce retour de Dossou déclenche des hostilités morbides, d'abord du côté de ses frères, ensuite de celui de ses collègues du gouvernement.
Les difficultés de Dossou ont commencé en effet dès lors même que cette possibilité de son retour a été évoquée. En réalité, Amangbe, demi-frère cadet de Dossou, n'entend pas respecter les désirs de son géniteur. Il convoitait depuis longtemps le poste et l'idée qu'un autre, fût-il son frère aîné, puisse lui ravir la vedette, le mit dans tous ses états. Il n'a pas hésité à prendre les propos de Gbeffa pour délires et trouver incongrue la proposition faite :
« Notre père est vieux. Il ne sait plus ce qu'il dit. Sinon, comment peut-il oser dire que c'est à Dossou qu'il passera la main. »
Si déjà le père subit ce traitement verbal de sa part, on conçoit aisément que Dossou, resté longtemps loin de lui, ne représentera pas grand chose à ses yeux et, qu'attenter à sa vie par des forces occultes ne serait qu'une simple formalité . Et les alibis deviennent faciles. Des futilités qui conduisent à la consultation du grand féticheur AYIDAGBA. Morceaux choisis des idioties des frères  et du féticheur:
« Amangbe : Il revient vingt cinq années après pour prétendre être l'héritier de la famille Gbeffa. Qui pourra accepter cette injustice? »
Amangbe : Depuis l'arrivée de Dossou, sa mère ne fait que lorgner ses coépouses. Elle change trois pagnes dans la journée pour se moquer de nos mamans. »
Nonvignon : Notre père qui n'a plus la force pour parler rit à gorge déployée avec Dossou »
« Ayaba : Nous ne représentons plus rien aux yeux de notre père »
« Zékpété : Les sages du couvent ont unanimement retenu qu'un homme qui adopte un comportement aussi hautain comme vous l'aviez décrit ne mérite que la mort. »

Dans un pays sous-développé où le concours de tous, notamment des bonnes têtes est souhaité pour la conjugaison des efforts en vue d'un essor certain, aucun motif sérieux n'est encore donné pour condamner un homme à mort. Mais la mentalité de ces personnages, loin de relever de la fiction se révèle purement réaliste, puisqu'elle est identique à celle des peuples africains. Le nombre de cadres béninois, partis dans ces conditions mystérieuses, rien que pour avoir voulu bien gérer leur pays est énorme. L'exemple du ministre Lazare Kpatoukpa reste encore gravé dans les mémoires. Le cas Akobi est également là et le pays a failli perdre son premier ministre de la transition en 1990 si une vigilance accrue n'avait pas été observée. Le nouvelliste Apollinaire AGBAZAHOU dans Adonis sacrifié, fait d'ailleurs remémorer cette triste période de notre histoire qui a failli tourner au drame.
Et c'est ce qu'on n'arrive justement pas à expliquer. En effet, si l'on comprend que les frères de Dossou parce qu'illettrés, ne mesurent pas à leur juste valeur les qualités de Dossou, on conçoit mal que des intellectuels, des commis de la nation, des gens qui ont prêté serment pour sauver la patrie se mettent eux aussi à calomnier le pauvre Dossou.
Adaka Félix, Adjet Amou, Yedassomon Henri, Ekanmy Codjo Rodolphe, n'ont pas, eux non plus, hésité à faire recours aux forces occultes pour presque les mêmes motifs. Même l'intervention de leur collège Sigbet Françis n'a pu rien contre leur furie.
En réalité, vu les échos positifs de Dossou depuis l'extérieur, le président d'Adjooka a voulu utiliser ce compatriote pour redresser l'économie du pays. Ce qui fut fait. Mais c'est oublier que la bonne gestion du pays ne peut arranger les corrompus qui ont construit leur fortune énorme à l'ombre des détournements, des prévarications, de la gabegie, de l'ethnocentrisme et du régionalisme. De conciliabules en conciliabules, Dadavodoun a été consulté. Le verdict également est sans appel. Motif, « Dadavodoun : … c'est grâce à ces ministres d'Adjooka que nous autres nous avons notre pitance quotidienne. »
Au non de leur pitance donc, le peuple entier peut croupir de faim, subir le diktat de ces corrompus aux appétits voraces. C'est pitoyable ! Beaucoup oublient qu'on n'a pas besoin de ces coups bas pour réussir et que seul le travail bien fait, valorise l'homme. Mais c'est bien dommage que cela soit la triste réalité.
Le troisième feu qui encercle le docteur Dossou est bel et bien celui de Sophie, présentée comme sa femme. En effet, à peine a-t-il quitté l'Europe que Sophie s'est mise avec un autre homme, qui plus est l'un de ses amis de Dossou. Deux mois de séparation et cela a suffi pour justifier un abandon de domicile. Deux mois de séparation et une relation plus sérieuse que celle qu'elle a vécue avec Dossou. Deux mois de séparation et une grossesse, deux divorces s'en sont suivis. Tout porte à croire que Sophie était bien l'amante de ce Diouf Tchen au moment où Dossou était là, et que la paternité des deux enfants qu'ils ont eus en commun peut faire l'objet de doute.
Cette lettre, élément déclencheur du coma puis de la mort de Dossou n'aurait jamais dû lui parvenir. Surtout qu'elle prononce une rupture brusque et définitive. Comment comprendre que la femme avec laquelle, des années de vie commune sont vécues, avec qui on a eu des enfants, puisse se lever un matin et décider de mettre une croix sur tout ? C'est douloureux et l'infarctus de Dossou est justifié car comme l'ont dit les personnages présents à cette crise, « l'amour.... ça peut tuer ».
D'un autre côté, nous n'avons pas à perdre de vue les deux premiers feux qui auraient bien pu être un élément instigateur de cette lettre. C'est vrai(qu'elle me pardonne) que la femme est un être compliqué avec des actes assassins, Isaï Biton Coulibaly m'en est témoin. Mais ici, il y a de nombreux précédents qui concourent à croire que même si Sophie a écrit cette lettre, elle n'était pas en possession d'elle même. En réalité, les deux voudounons consultés par les frères et les ministres, ont dû agir efficacement. « La guerre des choses dans l'ombre » comme le dirait Gaston Zossou, l'invisible comme l'appellerait le professeur Kpogodo a eu raison de Dossou. Cette condamnation à l'instar de celle de Jésus devant Ponce Pilate, « oui qu'il meure», n' a pas certainement été anodine. Ainsi, ou les forces du mal ont pris possession de Sophie pour lui faire écrire la lettre, ou carrément alors, elle n'a écrit aucune lettre. En effet, puisque la trame ne nous montre pas Sophie en train de rédiger cette lettre, le doute peut être permis sur la provenance réelle de cette lettre. Est-elle une réalité ou un mystère ? Tout montre que Sophie n'a été qu'un instrument aux mains des ennemis de Dossou. Puisque, certainement, les assauts précédents n'ont pas réussi, il fallait prendre par là pour l'atteindre directement.
Il y a également une réalité socio-anthropologique que cette mort révèle. Les appels dans ces circonstances ont, aux dires de certaines sources orales, toujours des conséquences néfastes sur l'appelé. C'est presque comme tout médicament qu'on utilise. Puisqu'il n'est pas venu de lui-même, il y a des effets secondaires qui agissent. Des exemples sont connus où l'individu tombe dans les travers de l'alcool, perd la raison, où se retrouve en prison. S'il est donc vrai que la pratique peut ramener à coup sûr le fils exilé, il n'en demeure pas moins évident que s'en suivent toujours des dégâts collatéraux. Ainsi, loin d'apporter de la plus value à l'économie et participer au bonheur de la famille et du pays, « l'appel » , pratique usuelle de certaines régions du Bénin tourne pour la plupart du temps au vinaigre et conduit à une énorme perte.
Ce qui arrière également l'économie des pays africains, se trouve dans cette pièce être la mauvaise gouvernance.

Une gestion approximative

La raison officielle du retour de Dossou, c'est bien les difficultés de trésorerie que connaît le pays Adjooka. Le constat du président est sans ambiguïté : « Vous savez avec moi que les finances s'amenuisent de jour en jour dans le pays. Plusieurs entreprises ont fermé leur porte en augmentant le nombre de chômeurs déjà inquiétant. Plusieurs mois de salaires impayés. Les grèves, les sit-in, les marches des travailleurs deviennent le quotidien du citoyen d'Adjooka. Plusieurs ménages se sont éclatés du fait de cette crise... »
On n'est pas loin de la situation économique catastrophique présentée par les « rameurs »dans Dieu cet apprenti-sorcier de Kakpo Mahougnon. En effet, Sokpozin et Atchuta lorsqu'ils étaient chez Adjakpa, la lettre envoyée contient les germes, de la récession, due notamment à « lui » qu'il n'ont pas pu nommer. Mais si ici, les jeunes proclament l'inutilité des dirigeants en les indexant comme responsables, ce n'est pas le cas dans L'appel des esprits où c'est le président lui-même qui reconnaît la crise mais en attribue la responsabilité à des collaborateurs qui, même s'ils en sont pour beaucoup, n'ont pas pu agir sans son aval. Comment comprendre que des dizaines d'années durant, il (le président) a pu gérer le pays sans se soucier de ce que faisaient ses collaborateurs. Ont-ils pu avoir la possibilité de faire tout cela seuls ou n'ont -ils pas eu quelque part la complicité de leur chef ? Quel chef laisse perdurer une mauvaise situation alors qu'il est conscient du danger que court ainsi son peuple ? Va -t-il arguer que tous les cadres ont les mêmes mentalités et qu'il n'y en a pas qui ne puissent agir sans la délation, la corruption, le népotisme ? C'est parce qu'un chef fait confiance à un homme qu'il le nomme à un poste de responsabilité. Et de la même manière qu'il est nommé, cet individu , à tout moment doit savoir qu'il peut être démis pour une raison ou pour une autre. En réalité, le problème de l'Afrique se situe en grande partie à ce niveau où le pouvoir est assimilé à quelque chose d'éternel. Rien ne doit venir l'arracher. Le président, lorsqu'il constate les dérives de ses conseillers, fossoyeurs de l'économie du pays, il devrait savoir que l'objectif pour lequel il est élu, c'est-à-dire, la satisfaction des besoins fondamentaux de tous ses citoyens n'est pas assurée. Alors il n'avait pas à s'en prendre à eux, il doit pouvoir démissionner.
D'un autre côté, les ministres et collaborateurs immédiats, loin de s'accaparer de la richesse du pays tout le temps devraient savoir qu'une fonction politique n'est pas un métier mais un travail temporaire. « Prépare -toi une belle sortie si tu t'engages, et penses-y toujours comme si à chaque instant, elle était imminente... » a semblé dire un personnage de l'ex-père de la nation d'Aminata FALL, en guise de conseil à un présidentiable. Je pense que c'est valable pour tout poste politique. Mais ils ont fait près de quinze ans à servir un gouvernement, pratiquement trois mandats en Europe et quatre aux États-Unis. Justement combien de ministres a-t-on vus dans ces pays-là servir trois ,quatre gouvernements de suite. L'organisme humain a un seuil de fatigabilité et lorsque réellement on sert son pays avec la force physique et intellectuelle qu'il faut, je pense qu'après quatorze ans, on ne tient pas pareil discours . Le chroniqueur Ben Bechir, semble bien voir lorsqu'il affirme : « s'il bonifie le bon vin, le temps qui passe use et corrompt les hommes ou femmes de pouvoir qui l'exercent longtemps. »
Ainsi, s'en prendre à Dossou parce qu'il serait venu arracher un prétendu biberon de leur bouche est une grave erreur qu'ils ont commise.
L'auteur, s'il n'avait pas voulu rester réaliste aurait pu faire tuer ceux-là à la place de Dossou ou tout simplement faire échouer leur plan diabolique. Mais c'est la triste réalité. On n'y peut malheureusement rien. Le théâtre repose sur le principe, castigat ridendo mores, corriger les mœurs en les ridiculisant. En parler, c'est attirer l'attention, il suffit que cela obtienne une large diffusion. Beaucoup d'intellectuels qui s'adonnent à cette pratique pourront peut-être à force de lire ces pièces prendre conscience du danger qu'ils font courir à leur pays, à leur continent.
L'Afrique à force d'user de ses pouvoirs mystiques pour nuire à ses propres fils, devrait plutôt mûrir ceux -ci afin de les mettre au service de l'humanité. L'invisible qu'ils ont réussi à dompter peut contribuer forcément à développer et non sous-développer. Il suffit peut-être seulement de les rendre positifs. Comment comprendre que des gens soient en mesure de communiquer à des distances infinies, « appeler » Dossou de l'Europe par exemple depuis Adjooka sans téléphone portable, sans ligne fixe ? C'est une science qui pouvait être domptée, labellisée et rendue commerciale comme toutes les TIC, dont l'Occident et l'Asie se font maîtres. Nous n'offrons rien sur ce plan, alors que les domaines à explorer sont vastes et novateurs. Des scènes d'action fantastiques ne manquent pas dans la littérature, rien qu'à interroger, Houénou Kowanou, Gaston Zossou, on comprend, même si c'est de la fiction, que l'Afrique détient une science inexplorée qu'elle conserve de façon égoïste, où ne peuvent avoir accès que quelques privilégiés initiés. Il est vrai que même en Europe il y a des cercles fermés et que le Brevet d'invention n'est pas une innovation africaine. Mais l'histoire a montré que ce qui a contribué aux Lumières du XVIIIème français, c'est surtout le développement des idées où les expériences sont partagées. Ce qui a permis à Diderot par ailleurs de créer l'encyclopédie à cet effet. Cette ouverture est à l'origine notamment d' expériences inouïes et les créateurs d'idées n'ont pas été pour autant rangés dans l'histoire. Des produits existent, qui sont mis au service des peuples pour leur bonheur. La révolution industrielle et technologique n'aurait pas avoir lieu sans cette éclosion de la parole.
Mais ici, la parole est « embrigadée » par quelques-uns qui en font un usage pas public, mais privé. Des tentatives de révélation de la science cachée ont commencé certes avec Kakpo Mahougnon, Basile Adjou Moumouni, mais beaucoup de barrières restent à briser pour qu'enfin, le savoir africain cesse de rester à l'étape embryonnaire pour parvenir à un stade supérieur : celui du partage et de la transformation.
C'est difficile mais l'Afrique, pour son éclosion doit pouvoir passer par là. Il en va de son bonheur et de son honneur.
En révélant l'histoire de Dossou que l'on peut confondre à beaucoup de cadres, le colonel dramaturge a inauguré un grand débat que, dans plusieurs pays africains, l'on doit mener pour faire prendre conscience de la voie erronée sur laquelle nous sommes.
Mais avec quel style ce livre est-il présenté au public ?





Le style
Le style d'Émile Elomon, loin d'être réservé à un public élitiste est accessible à tout public. Seulement, étant Colonel de la Gendarmerie, on pourrait s'attendre à lire dans les pièces, des répliques où d'ancien combattant, dans un jargon purement militaire ou à l'instar du personnage de La secrétaire particulière de Jean Pliya, débiterait un langage purement circonstanciel. Hélas ! Le lecteur restera sur sa faim et se contera d'un seul passage : « SODJA LOUIS (ancien combattant)
Dans sa tenue kaki, plusieurs médailles sur la poitrine, il a porté son képi avec son galon en « V » rouge) : Zenfants de Midas, mindam minsié ! Sé glan zou pou lé village aujoudi. Note nenfant Dossou est dé rétou. Il a étidié à daka et à maseille. Oui Jé connais là bas chez toubabou où j’ai fait guê mondia 1945. Matricui 2024 tilayê sinigalê. J’ai tié beaucoup énémis. Et note nenfant Dossou a coulage pou étidié jusqu’à il a beaucoup diplômes commou toubabou. IL faut aclamê lui. (Les applaudissements). Jé démandé à tous lé zenfants de Midas dé prendi exampe sui lui. Si lui n’a pas coulage, lui né pé pas vivle lé floi et la glace paltou dans Maseille. Jé zui tlè content dé Dossou. Il faut encore acclamê lui. (Des applaudissements) Jé vous minci. »

La formation cinématographique reçue par l'auteur (voir la quatrième de couverture) a certainement agi sur l'écriture de cette pièce où on assiste à l'instar de la pièce Le lion et la perle de Wole Soyinka à de longues didascalies. Le nombre impressionnant de personnages comme dans Les bouts de bois de Dieu de Sembene Ousmane fait constater aussi cette influence sur le dramaturge. Les couleurs locales apparaissent également dans la pièce avec la description détaillée des temples du Vodoun Aido Houedo et des deux féticheurs, Dadavodoun et Zékpété, et qui font la particularité de ce style. Enfin, plusieurs proverbes sillonnent la pièce qui la rendent très riche en images :
« Le chien ne s'oppose jamais à l'appel de son maître » P13
« certains ne seront pas en train de s'échiner à labourer sous le soleil pour que d'autres en jouissent à l'ombre d'un arbre » P16
« Si vous voyez un caméléon presser les pas, sachez qu'un danger est imminent » p36
« Entre celui qui est sur une braise et celui qui marche dans une rivière, la sensation ne peut être la même. P 40
« l'ombre d'un grand arbre n'est point la propriété privée de son planteur »
Il y a également des paroles imprécatoires lancées à l'encontre de Dossou :
« 
DADAVODOUN : (Il saisit un poulet, le tend vers les quatre points cardinaux, il le montre au ciel en prononçant des paroles incompréhensibles. Le silence s’installe autour de lui. Il s’adresse au ciel). Oui Dossou ! Tu t’appelles Dossou ! Ton nom est Dossou ! Tu sais bien que la chair du vautour n’est pas comestible et tu veux la manger quand même ? Tu sais que la tête d’un chat mort ne saurait servir de jouet à une souris ? Connais-tu le nom du ciel et de la terre en sanscrit ( nougni) ? Quel courage et quelle audace te poussent dans cette aventure sans lendemain? Il m’a été rapporté par le collectif des ministres d’Ajooka que tu es mandaté par le Président pour les limoger et les mettre en prison. Ton commanditaire le président et toi répondrez devant les mânes de mes ancêtres de votre méchanceté. C’est grâce à ces ministres que nous autres nous avons notre pitance quotidienne. Dossou as-tu pensé à tout ce monde que nourrit un ministre d’Ajooka ? Sais-tu qu'en les limogeant, tu nous prives de nourriture ? Sans ces ministres amis, que deviendrons-nous ? Dossou, as-tu pensé à tous ces détails ? As-tu jamais entendu une poule chanter, Dossou ? A première vue tu me fais pitié, mais en fin de compte tu me montes les nerfs. Jamais nous ne te laisserons réaliser ta sale besogne ! Dossou héélou ! Dossou héélou ! Dossou héélou ! (S’adressant aux autres sorciers)
Chers amis nous répéterons ce rituel tous les vendredis jusqu’à l’assaut final.
(Ils se sont mis à se servir du vin et à manger. Le rideau tombe) »

L'onomastique
Ce style fortement ancré dans la culture béninoise s'explique notamment par l'option faite par l'auteur de véhiculer à travers cette pièce une connaissance assez nette de son origine. L'onomastique est ici un signal très fort de ce choix. En effet pratiquement tous les personnages ont un rôle, une psychologie qui correspondent nettement à leur nom.
Le personnage principal Dossou a pour petit nom Dagbégnon. Cela témoigne une fois encore du réalisme de l'auteur. Pour lui, Dossou est certainement un martyr. Un héros incarnant tous les rêves brisés de l'Afrique. Il est mort certes, mais c'est une mort utile pour une prise de conscience. Dagbegnon est composé de « dagbe » le bien et « gnon » bon. C'est une magnificence du bien pour inciter toujours à bien agir sans se soucier des médisances. Le bien doit pouvoir triompher du mal car, dans le cas contraire, aucun espoir ne serait permis pour un développement.
Amangbe, frère de Dossou a certainement ce nom pour son esprit de nuisance. « aman »la feuille , « gbe » la parole désigne en effet, l'imprécation, la parole pour nuire. Il n'est apparu dans la pièce que pour faire du mal. C'est un personnage brut que le manque d'éducation scolaire a aveuglé. Il se contente d'une vérité qui est la sienne et rien d'autre. C'est normal qu'il trouve que son frère « holonon » alors qu'il est le plus logique parmi eux tous, a été bien nommé. Nonvignon, demi-frère de Dossou est frère germain d'Amangbe, « Nonvi » frère « gnon » est bon, désigne toute la joie d'appartenir à une fratrie où tous se soutiennent. Il est très fidèle à Amangbe.
Adaka Félix porte bien son nom. « Adaka » désigne en effet le mal, tout simplement. Que ce personnage soit l'instigateur du complot contre Dossou ne doit donc pas étonner. Edassomon se retrouve aussi pleinement dans son rôle lorsqu'il l'accompagne dans ses idées sordides, puisque, littéralement il est si mauvais.
Dadavodoun et zékpété portent également des noms de sorciers qui indiquent clairement la mission à eux confiée. Des noms de sorciers qu'ici, nous ne saurions décrypter. Les deux journalistes Hoovivi et Awovi ne sont pas du reste dans cette onomastique calquée sur la culture de l'auteur. En réalité, ils incarnent l'impression que l'on a de l'homme exerçant ce métier. Hoo la parole, « vivi », mielleuse, le volubile désigne bien cet être qui ne tait sur aucun sujet car étant comme l'écrivain, un éveilleur de conscience. C'est à juste titre qu'ils ne soient pas aimés de l'homme politique qui n'agit pas toujours de façon catholique. Awovi Jean, le danger lui-même vient confirmer cette crainte que l'on a du journaliste. Sodja est une déformation du mot français « Soldat » en langue « gbe » du sud Bénin. Sodja Louis, le seul ancien combattant porte donc un nom à propos.
Sophie a pour patronyme Lapierre. C'est peut-être elle qui constitue la pierre, la grosse contre laquelle s'est cognée la tête de Dossou, enfermé dans deux feux par des mafieux.
Le nom qui au-delà de tout, indique clairement l'intention de l'auteur est bien celui du pays d'origine de Dossou, Adjooka, « Adjo » le vol, « ka » calebasse, désigne en effet ce lieu où le vol est la règle, et l'intégrité, l'exception. Que tous ces maux soient monnaie courante et que des ministres soient capables de tuer un être qui vient à la rescousse du pays, on comprend donc que l'auteur ait choisi cette dénomination afin d'indiquer clairement au lecteur à quoi il doit s'attendre.

Au total, l'incursion d'Elomon dans le monde littéraire est totalement réussie, pour la thématique abordée et le réalisme de la trame narrative. Une trame narrative qui mérite peut-être d'être encore d'être mieux arrangée pour un théâtre plus moderne, exportable jouable dans n'importe quelle salle.

Anicet Fyoton MEGNIGBETO
Professeur de Lettres

Dieu cet apprenti sorcier de Mahougnon Kakpo : vaincre la fatalité au nom d'un printemps kamit.


On connaît Kakpo Mahougnon essayiste, avec notamment Entre mythes et Modernités : aspects de la la poésie négro-africaine d'expression française, Introduction à une poétique du Fa, Poétique baroque dans les littératures africaines francophones... On le connaît surtout poète avec la coordination de deux anthologies de la poésie béninoise, Ce regard de la mer puis Si Dieu était une femme et aussi Pour circonscrire le sel, qui a remporté le Grand prix de la poésie Francophone à la Rencontre Internationale des Créateurs En Poésie (RICEP) 2008...On le connaît enfin nouvelliste et conteur avec les épouses du Fa, une compilation de récits existentiels de l'Afrique noire.
Mais Kakpo Mahougnon, dramaturge, n'est apparu aux yeux du monde que très récemment avec un titre aussi énigmatique que provocateur : Dieu, cet apprenti sorcier suivi de Destin d'un Dieu.
Cette étude se veut réductrice à une seule de ces pièces : la première ; non pour fuir les chaudes larmes de Dieu dans Destin d'un Dieu, mais pour la vaste étendue de sa richesse littéraire et sa thématique inscrite dans l'ère du temps.

Dieu, cet apprenti sorcier, paru chez L'Harmattan à Paris en septembre 2011, est une pièce tragique qui s'inscrit dans le théâtre contemporain. En effet, à la place des actes, ce sont des Mondes qui sont présentés. Quatre mondes au total, correspondants certainement aux quatre points cardinaux. Quatre mondes qui pourraient incarner les éléments naturels que sont l'eau, le feu, la terre, le vent, invoqués par les rameurs pour conjurer le sort afin que plus jamais, pareille situation ne sévisse chez eux. Le schéma suivant permet de déterminer les mouvements des personnages à travers toute la pièce.




Personnages
Subdivision
Premier monde
Deuxième monde
Troisième monde
Quatrième monde
Épilogue
Prises de parole
Kandas
x
x
x
x
x
11+8+8+1=28
Hotep
x
x


x
x
10+11+1=22
Adjakpa








x


Atchuta


x


x




Sikpozin


x


x




kpayo-nubada






x
x


Égblémaku




x
x
x


Kujènumin






x
x




Aucune subdivision de la pièce en scènes non plus n'est observée.
Enfin, le non respect de la règle des trois unités, caractéristique fondamentale du théâtre classique, inscrit-elle cette pièce dans le théâtre contemporain.. Aucune indication ne permet d'affirmer que l'action se déroule en moins de vingt quatre heures. La mission d'Achuta et de Sinkpozin chez Adjakpa a eu d'abord lieu et on ne peut pas dire que c'est ce même jour que « l'alliance des têtes » des sages s'est déroulée. Ceci fait voir déjà que du « garage  des économies en panne chez Adjakpa » l'action s'est muée vers la salle où les sages dans leur toge ont tenu leur réunion. Le lieu n'est donc pas unique. L'action non plus, n'est unique puisque l'objectif des groupes de personnages n'est pas commun. Les rameurs sont ici opposés à Kpayo Nubada, lui-même perdu dans la manière dont ils se prennent pour faire à la crise en commençant d'abord par gérer ses collaborateurs.

Cette étude, loin de condamner cette option faite par l'auteur de sortir des sentiers battus, tentera de percer l'énigme de la pièce pour découvrir la quintessence du message. Algirdas Julien Greimas1 sera mis à contribution afin de découvrir le contenu inversé de ce texte installé dans un univers aquatique.

1- Une métaphore aquatique

Dieu, cet apprenti sorcier, ce sont des rameurs en voyage sur un marigot. Une tempête atroce sévit, qui obstrue l'horizon. La pirogue tangue comme le roseau qui plie, mais ne rompt; pour cause, le cours d'eau en ébullition, réveille ses initiés pour que les vagues n'emportent dans leur flot, les rameurs. Les initiés, sous la direction d'Osiris, veillent au grain, condamnent les coupables, les responsables du marigot et sauvent les rameurs avec un message d'espoir :

« La philosophie de ce siècle ne sera plus un optimisme désespéré, un pessimisme feint, mais un optimisme à tout crin. »

Cette indication semble lever un brin de voile sur la substance complexe de l'allégorie qui sous-tend la création de cette pièce. Tous les éléments sont réunis pour installer la scène dans une métaphore aquatique. Le lexique liquide, oxymorique, quelques fois, promène le lecteur dans un monde où tout est à « l'envers » comme « il ». Tout le pays incarnerait ce marigot, cours d'eau statique, infeste, tout le contraire d'un cours d'eau en activité. Le dictionnaire Larousse définit le marigot comme le « le bras mort d'un fleuve ». C'est donc à juste titre que, à l'instar d'Alioum Fantouré dans Le cercle des tropiques,2 Mahougnon Kakpo choisisse cette dénomination pour représenter les souffrances d'un peuple, la parenthèse de sang3 qui s'y déroule. La pirogue, moyen de locomotion aquatique serait cette vie ambiante dans laquelle « les rameurs », les hommes ici, seraient embarqués pour effectuer le voyage. Cette conception africaine selon laquelle la vie ou la mort serait un grand voyage est ici incarnée et l'obscurité des vagues, les difficultés que vivent les rameurs, ces poissons rendus orphelins4 par la disparition du fleuve. Les larmes des « rameurs », la « mare de sang » qui ouvre le Premier Monde, la traversée du fleuve avec le « marigot en putréfaction » offert au chef des habitants du Marigot, Kpayo Nubada, « la plage en travail » sur laquelle se trouvaient Kandas et Hotep, les nombreux recours à la tradition orale à travers des proverbes tels que : « L'hippopotame ne comparaît pas après la destruction d'une pirogue », « l'eau coule après avoir lavé les mains et elle disparaît », « l'éponge revient toujours du marigot avec des larmes », « la pirogue avance toujours sur l'eau » « l'eau de pluie ne reste pas sur toit et refuse de mouiller », confirment cet univers aquatique. Les raisons de ce choix résident bien évidemment dans l'importance énorme qu'a ce liquide incolore dans la tradition africaine.
L'eau est en effet cet élément indispensable à la vie. Elle apparaît dans toutes les pratiques humaines, à toutes les étapes de la vie. La naissance, la circoncision, le mariage, la mort et surtout les séances de purification se déroulent dans ou avec de l'eau. Le caractère sacré de ce liquide est si justifié que toute renaissance se fait avec elle. Le baptême que l'on soit en Afrique ou dans le monde judéo-chrétien se fait avec lui.
Pour Mohamed Larbi Bouguerra, Professeur associé à l'Université Internationale francophone Senghor d'Alexandrie et Consultant auprès de l'OMS (Ecotoxicologie) et de l'UNESCO dans le rapport n°5 de l'Institut Veolia Environnement paru en avril 2006:
« L'eau est source de vie, élément régénérateur et liquide purificateur, elle est, en outre, à l'origine du monde...Elle a la capacité de guérir, de rajeunir voire de tuer puisqu'elle est en mesure de « faire sortir la vie de la mort et d'amener la mort sur la vie... De plus, véhicule du sacré, l'eau sert dans diverses techniques divinatoires comme la potamancie ou l'hydromancie ».
De plus, le grand poète sénégalais Birago Diop ne déclamait-il pas:
« Ceux qui sont morts ne sont jamais partis.../
Ils sont dans l'eau qui coule/
Ils sont dans l'eau qui dort/
Les morts ne sont pas morts/
Ecoute plus souvent/
Les choses que les êtres/
Entends la voix de l'eau »5
Gaston Bachelard cité par le Professeur Mohamed Larbi Bouguerra reprenant Héraclite pour qui l'eau, c'est la mort ajoute:
«  C'est mort pour les âmes que de devenir eau », « une mort qui nous emporte au loin avec le courant, comme le courant »
Joseph Ki-Zerbo, historien burkinabé, insiste également la profondeur de l'incarnation de l'eau
« Dans ma langue maternelle, on dit qu'il y a dans l'eau plus que le crocodile »
Thalès enseignait que notre Univers n’est rien d’autre qu’une bulle d’air au sein d’une masse liquide. Cette doctrine est, du reste, proche de celle de l’ancienne Égypte pour laquelle la source de toute vie est la masse d’eau primitive personnifiée sous le nom de Nu et qui est à l’origine des deux fleuves sacrés : le Nil qui donne la vie d’une part et le Ciel sur lequel flotte la barque de Râ, le soleil, d’autre part.6
Nul doute donc que c'est la meilleure voie indiquée pour Kakpo, en témoigne le recours à deux pharaons, Oisiris et Hotep, afin que toutes dérives autocratiques, tout dirigeant mauvais soit exorcisé. Le théâtre de Kakpo est donc purificateur et les raisons qui justifient cet acte résident bien évidemment dans le refus des « rameurs de subir ce destin fataliste auquel « il » voudrait les contraindre.

2- Vaincre le fatalisme béat

2-1-Sartre ou la négation de la prédestination

Le sort imposé aux « rameurs » est bien comparable à celle de toute la jeunesse mondiale, à ces acteurs juvéniles de la deuxième décennie du troisième millénaire, pour qui, se laisser dominer par la politique ambiante dominée par une gérontocratie à l'esprit capitaliste, serait considéré comme un suicide. Le message d'espoir lancé sur fond de slogan leitmotiv dans le prologue : « la philosophie de ce siècle ne sera plus un optimisme désespéré » est comme un refrain chanté par les jeunes et qui les aguerrit contre les exactions politiques et économiques. Le dramaturge semble rester dans ce schéma d'apaisement des cœurs.
La publication de la pièce coïncide en effet avec cette révolution dans le monde arabe que l'on a nommée « révolution arabe ». En septembre 2010, la Tunisie, l'Égypte, dans une certaine mesure le Yémen s'étaient déjà débarrassés de leurs dirigeants et la Libye s 'apprêtait à faire tomber Kadaffi en cavale.
Le constat qui conduit la jeunesse arabe à cette extrémité semble le même chez les « rameurs » :
La grande épidémie dont ils souffrent, cette grande tempête qui fait bouillonner le fleuve, pourraient correspondre à la misère, au chômage, aux bastonnades, aux tortures, aux pouvoirs liberticides... qui vont finir par conduire le jeune Mohamed Bouazizi, un jeune vendeur de fruits et légumes, en décembre 2010 à s'immoler. Un acte, élément déclencheur d'une révolution qui, jusqu'à aujourd'hui n'a même pas encore écrit ses dernières lignes.
Ce sacrifice, les rameurs, certainement grâce à l'aide des « initiés » l'ont également fait. Le premier Monde s'ouvre en effet sur un constat amer, fait par Kandas :

« Je suis dans une mare de sang...Déjà, je pleure l'aurore mienne. La terre est veuve face à un ciel sale. » P 21
La mare de sang ici, incarne le chaos, le désastre, le massacre. Un monde apocalyptique où l'espoir est assassiné. Les pleurs de l'aurore, allégorie qui consiste à prendre « l'aurore » comme cet être cher que l'on peut pleurer, exprime tout simplement le désespoir total. L'aurore, c'est l'aube, le petit matin qui représente le début d'une vie, d'une carrière, l'espoir de tout être. Si cette aurore clignote et donne des signes apparents d'une obstruction totale, il est normal de se retrouver dans le même état de folie que Kandas.
Le veuvage de la terre, c'est certainement cet abandon des dirigeants qui ont d'autres préoccupations que de s'occuper de cette jeunesse, pourtant l'avenir de leur pays. La saleté du ciel, c'est cette impureté de cœur qui les caractérise. Une classe politique qui est l'incarnation vivante de tous les vices du monde. C'est Henri Million de Montherlant qui aura raison. « La religion est la maladie honteuse de l'humanité, la politique en est le cancer ».
Cette souffrance des rameurs comparée à celle de la jeunesse arabe est également visible dans Ce soleil où j'ai toujours soif de Florent Couao-Zotti. Le personnage Sèna, chômeur attitré malgré sa Licence a dû se contenter d'un travail de Technicien de surface. Il justifie cet acte par des propos teints d'humour :

« C'est vrai qu'il y a six mois, j'étais incapable de calmer les aigreurs de ma panse, incapable de regarder le ciel et lui demander de me faire rêver. Mon ami Simon Léon m'a même confessé qu'il avait perdu, lui, jusqu'au souvenir de l'odeur d'une femme nue. »7

La jeunesse, fer de lance, l'espoir de toute nation, se retrouve ainsi déboussolée, privée de travail, donc de distractions, de loisirs. Une jeunesse condamnée au désespoir et qui n'a d'autres issues que de se contenter de tout « morceau de travail ». Le plaisir sexuel lui est interdit car incapable de s'assumer, d'assurer l'avenir d'une éventuelle progéniture. Ce même humour se retrouve avec le personnage Ziguidi
dans La bataille du trône d'Apollinaire AGBAZAHOU :
« Il y a bien des lunes que je ne sens plus mon entrejambe mouvoir. Tout est mort en moi. Ma queue a perdu sa remuance »8
Ce constat justifie la peur terrifiée qui les anime. En effet, ce ne sera plus leur génération seule qui sera condamnée, qui subira les affres de cette misère. Aucun espoir, non plus, n'est permis pour leur génération à venir. La procréation leur est interdite, non pas pour un planning familial objectif mais parce que le minimum n'existe pas pour faire face aux responsabilités. Les Voix dans le Prologue mettent ainsi l'accent sur ce désastre :
« Vous êtes des condamnés obligatoires. Condamnés avant la naissance. Condamnés après la mort. […] Votre astre n'est pas encore né. »
Pourtant en face, le constat est tout autre. Les aînés qui réussissent à mettre la main sur le pouvoir, s'y installent résolument, y poussent des racines et s'accaparent de tous les biens.

« Les anciens, conscients que notre ascendance ternira la leur, ont tout mis en œuvre pour décréter notre inutilité afin de mieux accumuler des fortunes illicites. Le drame, c'est qu'au lieu de créer des emplois, ils investissent dans le béton. »9

La révolution issue de l'accumulation des peuples est donc légitime puisqu'en réalité leur situation misérable a un responsable : les dirigeants.
Jean-Jacques Rousseau dans sa conception du fonctionnement étatique a pourtant été clair :

« Le souverain n'étant formé que des particuliers qui le composent n'a ni ne peut avoir d'intérêts contraire au leur. »10
Ceci stipule clairement que les dirigeants politiques d'ici ou d'ailleurs se complaisent à faire tout à fait le contraire du rôle qui est le leur, oubliant le peuple de qui ils tiennent pourtant leur légitimité et plongeant leur avenir dans la gadoue. Les griefs contre les dirigeants des rameurs, établis par eux-mêmes dans le but d'être secourus sont énormes. Les mots sont graves. Dits avec humour dans une lettre diagnostique, ils ne souffrent d'aucune ambiguïté : le népotisme, la « médiocleptocratie » (néologisme qui pourrait signifier le pouvoir des cleptomanes médiocres), la gabegie, chute du pouvoir d'achat des masses populaires et demi populaires, baisse des rendements agricoles, mort de l'économie, accumulation de nombreuses dettes, pannes fréquentes d'électricité, d'eau et absence de carburant dans les stations11
Kpayo nubada à l'instar du personnage l'enfant roi dans La saga des rois de kangni Alem a même martelé clairement que son pouvoir n'est pas démocratique : « ici, c'est la démon-cratie12

C'est Henri Lopès qui aura raison :

« Nous nous jetons sur le pouvoir pour le pouvoir. L'esclave ne s'affranchit plus pour libérer de l'esclavage, mais pour devenir maître d'esclaves. Je n'exagère pas. J'exagère à peine »

C'est donc une légitime défense13 pour ces jeunes qui se sont inscrits dans la voie de la défiance de tout, l'autorité avec son arsenal, et surtout le destin. En effet, faisant fi de la philosophie de l'essentialisme14 qui confine l'homme dans un rôle d'assistanat de sa propre vie et qui contraint Ahouna15 à se laisser aller à un destin implacable, les jeunes ont choisi leur ligne. Ainsi, entre Platon et Jean Paul Sartre, toute ambiguïté est levée. L'existentialisme est préférée : « l'essence de l'homme précède son existence ». Une existence qu'ils ont choisi de façonner à leur manière et non de la subir. Tout est donc mis en œuvre pour que jamais, plus personne ne décide à leur place, n'établisse une ligne de vie pour eux. Tous les moyens sont bons : briser tout sur son chemin, qu'il s'agisse d'une force humaine ou divine.

2-2-Le déicide ou Nietzsche revisité
Le premier responsable de leurs maux est bien connu : « Kpayo  Nubada ». Cependant aucun d'entre eux n'ose le nommer. Tous les qualificatifs sont bons « il », « le ciel » « le décor » « Impossible » « lui » « corbillard » « apprenti sorcier ». Des appellations qui rappellent bien les époques phares des dictatures africaines. « Grand camarade de lutte » « empereur », « maréchal » …et qui inspire de nombreux canards satiriques : « demi-dieu ». La Littérature ne manque pas de terminologie pour peindre ces dérives. Le grand Tiomonier chez Ken Bugul dans La folie ou la mort, le Barré Koulé chez Alioum Fantouré dans Le cercle des tropiques... Ces tentatives de séduction visent surtout à démontrer le caractère supérieur du chef, dont les attributions, loin d'être humaines relèvent carrément de l'Être suprême qui non seulement leur a donné tout mais est venu s'installer en eux. L'équation chef=Dieu lui-même est posé et rentre dans le quotidien des peuples qui doivent s'accommoder de cette réalité. Mobutu, roi du Zaïre se faisait descendre du ciel aux début des émissions de la chaîne nationale zaïroise16. …
Ce flou artistique qui entoure le chef est caricauré par la romancière sénégalaise Aminata Sow Fall dans l'ex-père de la Nation en ces termes :
«  Vous ne pouvez plus vous perdre dans la foule... Mythe de la puissance et de la gloire. Tout l’appareil d'État est destiné à cela. Un homme sans mystère arrive difficilement à gouverner… »17
C'est donc cette crainte qui oblige les « rameurs » à confondre l'image de Dieu avec celle de « Kapyo-Nubada ». Un nom qui dans les langues gbe du sud Bénin à une connotation bien précise. En effet le mot « kpayo », incarnation de cette boisson frelatée qui saoula une femme au point qu'elle se mit à faire de l'épilation est le symbole de tout produit infecte, tout article ratatiné, tout élément qui ne vient pas de la maison mère, qui n'est pas « d'origine », toute chose qui usurpe un titre qu'elle n'a pas, tout charlatan. S'il est arrivé que l'on ait pu appeler un premier « kpayo » sous le régime de Kérékou II au Bénin, on conçoit très aisément le choix opéré par l'auteur en donnant ce qualificatif à un Homme d'État. Pire, ce qualificatif accompagne un nom composé à résonance négative. « nu » chose « bada » dangereux, mauvais. Chose dangereuse, chose mauvaise. C'est donc à juste titre cette correspondance française « corbillard » : qui conduit à la mort.
Le mal dont souffre tous les personnages à commencer par le plus important en témoigne le tableau des personnages n'a autre responsable que lui.

« Kandas : je suis une ambiguité et je viens d'être parachutée par lui. (il indique le ciel)
Hotep : Parachutée par lui-même ? Je ne comprends plus rien... »18

Non seulement les « rameurs » souffrent pour le chômage, pour le manque de soins, de conditions de vie meilleure, mais ils doivent être traqués par l'autorité qui briment, qui muselle la liberté d'expression, qui assassine.
L'ambiguïté dont elle parle pourrait s'expliquer par cet état de mi-vivante, mi-morte. Kandas pour le pouvoir qui lui a été accordé de voir tout et de ne pas être vue, de comprendre tout au point de se mettre à expliquer l'origine des choses, de se retrouver à un endroit « cœur Aîné » où il faille traverser un cours d'eau avant de s'y rendre, n'est pas un vivant.
« Kandas : A présent, je veux retourner dans le Coeur Ainé ! Car j'ai sollicité une permission avant d'escalader le fleuve »
Elle est déjà morte et le parachutage, loin d'être la folie comme elle a été présentée, doit être un état de revenant, prêt à tout pour une vendetta, une légitime défense.
Kpayo Nubada, ne laisse en effet rien sur son passage. Même ses proches collaborateurs, dits « les sages », sont passés à tabac, tués à bout portant.

« Kujènumin :  Je dépose ma sagesse, je n'aime pas la falsification. (Elles jette ses documents et sa toge à la figure de Kpayo Nubada). Et puis sachez que le premier coq qui chantera aujourd'hui, ce sera moi(Elle se dirige vers la porte mais elle se retourne brusquement). Vous ne tirez pas encore. Son Excellentissime ne tire pas ! J'ai honte ! Je n'ai pas envie d'être à votre place.(Elle avance vers la porte mais Kpayo Nubada tire sur elle. Elle se tient le ventre car elle ressent horriblement la douleur.) »

Il faudra remarquer ici que le sort des « sages » même s'il est à plaindre n'est pas aussi lamentable que celui des rameurs. Les proches collaborateurs des dirigeants sont pour la plupart les premiers fautifs des difficultés socio-politiques et économiques des pays. En effet, si les rapports étaient faits comme il se devait avec toute la franchise et l'honnêteté qu'il fallait, rien de tout cela ne se produirait. Alors que les négociations avec Adjakpa ont échoué, Atchuta et Sopkpozin ont assuré à leur chef que la réponse a été favorable. Ainsi, la mort de ceux-ci, de Kujènumin, de Egblémaku, même sauvage, ne sera que la récompense de leur trahison, d'abord du peuple ensuite de celui qui malgré tout leur a fait confiance.
Cela n'a pas empêché Kandas de venger leur mort. Elle qui n'était pas là de son propre gré et qui à coup sûr serait l'envoyée des « initiés » du fleuve, d'Osiris, Dieu du Bien, de la Végétation, de la vie éternelle. C'est donc normal qu'après l'assassinat de tous les sages, elle se soit portée volontaire afin d'affronter sur tous les plans, physique et spirituel Kpayo Nubada. Tout est bon pour ce combat. Auréolée de tous ses pouvoirs, elle pourra lancer les imprécations. Des paroles vertes, en sanscrit, toute peur oubliée pour que cet être soit enrayé de leurs univers afin de faire rejaillir à nouveau l'espoir dans le cœur des générations à venir :
« La pirogue avance toujours sur l'eau », « l'eau de pluie ne reste pas sur le toit et refuse de mouiller le sol », « le pagne s'use et abandonne les fesses », « le forgeron ne voit jamais la tombe des objets qu'il forge », « l'antilope rousse ne connaît pas le lit de la vieillesse »...

Cet acte posé par Kandas est un véritable déicide pour une double raison. En effet, la crainte a conduit les rameurs à déifier kpayo nubada. En témoigne tous les qualificatifs saupoudreurs qui lui ont été attribués. Elle n'a pas pu commettre cet assassinat sans, l'aide de forces divines. Ce qui voudrait signifier que tuer ce personnage, c'est tuer Dieu.
D'un autre côté, l'assassinat de Kpayo nubada relève d'un refus de subir le destin. Dieu si bon, si omniprésent, où serait-il quand Corbillard commettait tant de mal, qu'a-t-il fait pour les sortir de ce joug infernal de ce personnage sans scrupules. Après avoir tiré sur Atchuta et Sinkpozin, n'a -t-il pas lui-même affirmé : « c'est ainsi que Corbillard tue ceux qu'il (il indique le ciel) abandonne. »
Ainsi, le choix des rameurs serait tourné vers ce déicide pour ne les avoir pas sauvé de la main du tyran. Puisqu'il ne peuvent pas le voir pour le tuer, il pourrait tuer celui-qui chez eux serait son incarnation.
C'est du Nietzsche pur. « Dieu est mort ». Les rameurs ne veulent plus compter avec un être invisible qui est censé leur faire du bien mais qui n'est jamais présent et dont les manifestations elles-mêmes sont invisibles. C'est un refus d'être des êtres au sort inconnu, mouler dans un dogmatisme béat, condamné à subir sans réagir.
La philosophie que diffuse kakpo Mahougnon à travers cette pièce est donc proche de Karl Marx : « La religion est l'opium de peuple » et de Sembene Ousmane qui fait dire à l'un de ses personnages dans les bouts de bois de Dieu : « ceux qui ont faim et soif ne connaissent pas les chemins qui mènent vers la mosquées et les églises. »


Les intermèdes


Dieu cet apprenti sorcier, se révèle un véritable texte à images et ne peut donc être compris qu'au second degré. Les raisons de ce choix de l'auteur sont multiples et il ferait bon s'attarder sur quelques-unes d'entre elles.
Poète et enseignant de Poésie, profondément imprégné des réalités traditionnelles africaines, Kakpo Mahougnon, s'est servi de symboles pour transmettre au lecteur son message.
La deuxième raison, la plus évidente est qu'on est en littérature et le style d'un auteur, loin de s'inscrire dans un suivisme béat, doit sortir des sentiers battus.
Cependant, la question peut se poser de savoir pourquoi en plein XXIème siècle, Kakpo eut besoin de porter des gangs avant de dire cru, la profonde douleur de son peuple. Sous Louis XIV19 en France au XVIIème siècle, on comprendrait que La Fontaine par exemple dut avoir recours à la Fable afin de passer son message. Mais dans un monde où Kourouma a existé avec Allah n'est pas obligé20 où des dirigeants sont nommément indiqués, on explique mal cet ésotérisme au théâtre. On sait très bien les nombreuses reproches qui ont été faites à Aimé Césaire, poète authentiquement21, dont les pièces ont reçu des accueils timides pour leur hermétisme. Kakpo lui-même justifie l'hermétisme en Poésie22, mais en dramaturgie, genre destiné à la représentation, le langage des initiés est-il conseillé ?
L'ésotérisme pourrait avoir des justifications. Mais les adresses des personnages à l'endroit du public ou du lecteur :

Kandas : Je ne joue pas, moi. Tout à l'heure, quand je montais sur scène, je me disais que j'allais vivre une fois encore. Quand à savoir lequel des deux rôles est plus difficile , demandez-vous à un aveugle la couleur des yeux d'un nouveau né ?

Hotep : Je suis sûr qu'il y a plus d'une personne dans cette salle qui préférerait votre rôle au mien.

Ou bien dans l'épilogue

Kandas : C'était du théâtre.
Ces répliques qui sortent du cadre de l'action constituent à n'en point douter un subterfuge pour voiler le sérieux, couver la gravité du tragique, sortir du cadre de la dénonciation et mettre la pièce dans le registre ludique. Cela ressemble à une excuse facile qui enlève à la pièce toute l'importance qu'elle a. C'est vrai que le théâtre est destiné à la représentation sur scène et qu'il y a possibilité de présenter les acteurs à la fin. Mais là il s'agirait bien d'acteurs qui parleraient au public et non des personnages qu'ils auraient incarnés.
Mais le mérite de la pièce réside dans l'onomastique profondément ancrée dans les valeurs traditionnelles noires.

L'onomastique et le retour aux valeurs kamit

La civilisation égyptienne a été véritablement sollicitée dans cette onomastique.
De son de Sa-Rê, Hotep est un pharaon de la VIIIe Dynastie dont la traduction est « Heureux, satisfait » . On conçoit aisément le choix de ce nom quand Kandas le préfère à Adjakpa. La satisfaction qu'elle attend n'est donc pas un leurre: « Kandas: Je vous veux pour corriger les sentiers malades. » L'association de la reine et du pharaon est donc la formule magique trouver par Kakpo Mahougnon pour conjurer le sort.
Kandas, reine dans une langue de la Papouasie Nouvelle Guinée, est l'incarnation de la puissance. Le rôle qui lui est confié est donc bien adéquat: il faut un roi pour affronter un roi, un dieu pour tuer un dieu.
Même Osiris qui sosus la protection de qui toutes les actions ont été menées, est un Pharaon. Le professeur Wolfhart Westendorf en 1987propose l'étymologie du mot « Osiris » Waset-jret : « celle qui porte l'œil »23 Si l'on considère que d'autres égyptologues ont tenté des explications du nom de ce Pharaon de la Ivè et du début de la Vème dynastie, « Dieu-Puissant », « le Puissant » « Celui qui bénéficie de l'activité rituelle. », on peut expliquer pourquoi l'auteur a daigné se servir de ce nom.
Atchuta est un nom du même registre que Kpayo. Ce qui n'est pas original. Une pièce de rechange de deuxième, troisième, voire quatrième main. C'est tout article bon marché. Ce nom traduit bien l'incapacité de celui-ci, en collaboration avec Sinkpozan de réussir une négociation et ramener la stabilité dans le pays.
Adjakpa, à côté d'Adja pourrait bien incarner ce pays voisin du Bénin, le Togo. En réalité, mieux que le pays, c'est l'institution financière sous régionales qu'elle abrite qui peut-être aurait inspiré l'auteur.
Kujènumin, la mort qui vient interrompre, est ce personnage bien nommé, qui s'opposant aux décisions arbitraires de kpayo nubada a préféré se laisser tuer. Sa mort comme elle l'a présentée est l'événement déclencheur de la furie de Kpayo nubada.
« Kujènumin: Demain dès que vous verrez naître un enfant, peu importe son sexe, sachez que c'est l'ombre de Kujènumin qui a retrouver son énergie cosmique pour réactualiser la mort. »
Eglémaku; qui n'a peur de rien, c'est la dernière à mourir. Elle est sortie perdante certes de la guerre avec kpaya nubada qui voulait abuser d'elle, mais elle a tenu ferme. Elle a présenté la mort à ce désir obscène et vicieux de kpayo nubada. Elle incarne, à l'instar de sa congénère kujènumin, cette race de personnes dont la mort, tel un grain de maïs enfouit sous terre, germera pour augurer d'un lendemain meilleur.


1-Greimas, Algirdas Julien, « Pour une théorie de l'interprétation du récit mythique », Du sens : essais sémiotiques , Paris, Seuil, 1970 ; p. 187.
2-Aliom Fantouré, Le cercle des tropiques, Présence Africaine,
3-Sony Labou Tansi, La parenthèse de sang
4-Mahougnon Kakpo, Dieu, cet apprenti sorcier suivi de Destin d'un Dieu, Paris, L'Harmattan, 87 pages, p39.
5-BIRAGO DIOP, LE SOUFFLE DES ANCETRES DU RECUEIL LEURRES ET LUEURS, 1960, ÉD.
PRÉSENCE AFRICAINE)
6- Mohamed Larbi Bouguerra, rapport n°5 de l'Institut Veolia Environnement paru en avril 2006
7-COUAO-ZOTTI, Florent, Ce soleil où j’ai toujours soif, Paris, L’Harmattan, 1995,47p.
8-AGBAZAHOU, Apollinaire, La bataille du trône, Cotonou, Plumes Soleil, 48p,
9-AGBAZAHOU, Apollinaire, La bataille du trône, Cotonou, Plumes Soleil, 48p,
10-Rousseau, Jean-Jacques, Du contrat social, Librairie Générale Française, Paris, 1996,
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Michael JACKSON ou la récompense du reniement de soi.


By agenceasp on juin 27, 2009

Le jeudi 25 juin 2009 aux environs de 21 heures, dans son domicile de Los Angeles, Michael JACKSON, disparaissait après cinquante ans de vie dont quarante cinq consacrés entièrement à l’art musical.

L’émotion gagne ses fans et le monde entier pleure la perte d’une star planétaire. Plusieurs questions resteront cependant posées sur ce passage sur terre mouvementé, fait de hauts et de bas, de polémiques et surtout de métamorphoses spectaculaires les plus honteuses de l’histoire du monde noir.

« L’aliénation est la plus grande mutilation que puisse subir un homme » affirmait la très célèbre écrivaine sénégalaise Aminata Sow Fall dans son ouvrage l’appel des arènes.

Une vérité pourtant, que semble ignorer nombre d’êtres humains, la plupart de la race noire. Le contexte historique a fait de l’homme blanc l’être idéal de tout l’univers. Aimé Césaire disait dans son Discours sur le colonialisme, non pour faire l’éloge de l’Europe, mais pour en déplorer les conséquences que : « la grande chance de l’Europe est d’avoir été un carrefour, et que, d’avoir été le lieu géométrique de toutes les idées, le réceptacle de toutes les philosophies, le lieu d’accueil de tous les sentiments ».

Cette position fait de l’Européen, donc du Blanc « le premier être sur terre ». Il a conquis les plus grandes terres, pillé et accumulé les plus grandes richesses minières. Il détient l’arme atomique et se donne les moyens de conquérir, les unes après les autres, toutes les planètes de l’univers.

L’homme blanc est ainsi le plus riche du monde et s’impose aux autres par sa culture et sa civilisation qu’il place au-dessus de toutes les autres. Cette image, accentuée par son statut de colonisé pratiquement impuissant fait du noir, un être qui se sent inférieur et qui voudrait tout faire pour ressembler à son maître, le blanc. Ainsi, dans la parole, le geste, les habitudes culinaires et vestimentaires, le noir cherche maladroitement à imiter le blanc. Seydou BADIAN, dans Sous l’orage, Calixte BEYALA, dans Le petit prince de Belleville, ont tenté, chacun à son niveau, de dénoncer ce rejet de soi.
Que l’on imite l’autre dans le geste, dans la parole, dans la manière de manger et de s’habiller, est grave certes. Mais que l’on se mette, au-delà de tout cela, à vouloir se métamorphoser afin d’obtenir la même couleur de peau que l’autre, est la plus grande aberration que puisse commettre un homme. Car, il suffirait peut être de travailler la conscience des premiers pour qu’ils « reviennent à la Raison » et mettent fin à leur singerie, leur snobisme. Mais lorsque, sans être le serpent qui fait sa mue, l’on change la peau, le moment de la prise de conscience est toujours tard et c’est la mort qui s’en suit inéluctablement.

C’est ce qui est arrivé à la star planétaire dont le monde entier pleure la disparition aujourd’hui. Je sais que ce que je veux dire ne plaira pas à beaucoup de gens, car la coutume africaine et même le bon sens voudraient que l’on ne parle qu’en bien d’un être qui n’est plus de ce monde. Je le sais d’autant plus que les commentaires lus et entendus dans la presse internationale font l’éloge d’une super star qui a passé l’arme à gauche. Je le sais encore parce que Michael Jackson n’est pas n’importe qui et que ces fans se comptent par milliers à travers la planète. Mais c’est justement le rang, la célébrité du personnage qui doivent motiver à dire cru, la honte monumentale, qu’il a fait subir à la race noire.

Né le 29 août 1958 à Gary, dans l’Etat de l’Indiana Michael Jackson incarne la réussite du noir. Il a en effet pu battre des records jamais égalés par un homme de couleur blanche. Son talent, de musicien hérité de sa famille et certainement bien travaillé, a fait de lui un prince adulé de tous les hommes, toutes les races confondues. Depuis son premier album en 1972, il n’a fait qu’accumulé les prix allant jusqu’à 13 Grammy Awards. Il a su créer et imposer des pas de danses particuliers notamment le fameux « moonwalk ». Son Album « Thriller » sorti en 1982 tient encore le record des ventes.

C’est donc un personnage hyper important que le monde noir devrait saluer, avec faste, à sa mort si sa vie n’avait pas été tout simplement excusez du peu « un gâchis ». En réalité, avec tant de célébrités, on estime, avec raison, qu’il n’avait pas besoin de faire ces bêtises qu’il a appelées lui-même, opération de routine ou maladie de peau. Une série d’interventions chirurgicales qui ont fait de lui, un monstre, ni blanc ni noir, un être sauvage que les différents montages d’un documentaire comparent finalement à un vieux singe.

Qu’un homme solidement constitué avec une peau noire bien teinte et capable de créer des pas de danses aussi athlétiques que ceux du « moonwalk » en vienne à ne plus survivre que grâce au Démérol, un anti douleur très puissant, je pense que c’est dommage. Sacrifier sa vie pour une pseudo célébrité aura été à mon avis, la pire fantaisie de sa vie.

Les analyses médicales après l’autopsie de son corps soupçonnent déjà une overdose de ce médicament qui le maintient debout. Normal pour quelqu’un qui a voulu enlever de son corps toute la mélanine qui caractérise la vitalité, la vigueur et la robustesse du noir.

Qu’a-t-il voulu prouver en acceptant cette métamorphose ? En avait-il vraiment besoin ? La réponse est catégorique. Non. Cette Amérique qu’il craignait tant de le voir rejeter en tant que noir est la même qui, quelques années plus tard a confié ses destinées à ‘’ un homme de couleur » Barack OBAMA.

Ce n’a été alors que des caprices d’un homme à qui la célébrité a tourné la tête et qui, est devenu un homme complètement asocial en témoignent surtout ces accusations de pédophilie dont il a fait l’objet et pour lesquelles la justice américaine l’a innocenté peut-être parce qu’il est devenu « Blanc ».
Cette mort subite, sans grande maladie alors qu’il avait des concerts en vue, prouve qu’il n’a récolté que les fruits de son refus d’être ce qu’il est. Une forte dose de récompense donc pour son ingratitude envers Dieu qui l’a créé et le peuple noir à qui il doit la vie.

Le monde entier regrette certes la mort Michael Jackson, mais les peuples noirs devraient plutôt en saisir l’occasion pour décrier à cor et à cri tous ceux-là qui se substituent à Dieu en voulant se donner eux-mêmes une couleur de peau.

- « le séjour dans l’eau ne transforme pas un tronc d’arbre en crocodile. » Seydou Badian

Salut l’artiste ! Repose en paix mais ne te réincarne pas.

Agence Sud Presse/ Anicet Fyoton MEGNIGBETO

jeudi 1 novembre 2012

OPINION-AFFAIRE TALON



Redonnez-moi mon nom !


Je ne suis pas Eustache Prudencio, mais je pense qu’au stade où on en est, tout Béninois est en mesure de reprendre haut, le titre de ce poème du regretté poète. Redonnez-moi mon nom, ou du moins redonnez à ce pays son éclat, d’entre temps.
Non, le Bénin, Dahomey d’alors connu pour la bravoure de ses rois, Béhanzin, Bio-Guerra, dont les renommées dépassent largement les frontières du pays, ne peut pas en être là. Qu’avons-nous fait au sort pour mériter tant d’humiliations de la part de nos politiciens, tous pareils, incapables, malicieux, experts dans l’art de rouler tout le peuple dans la farine ?
Quelle est cette histoire qui défraie la chronique et qui fait du Béninois la risée de tant d’amis à l’extérieur ? Toujours la tête haute parce que fier de son pays, c’est avec la tête bien basse que le Béninois tente désormais de regarder les autres, parce qu’hier, c’est lui qui traitait les autres peuples d’immatures, d’inconscients ayant élus des dirigeants mafieux, des hommes politico-religieux qui installent des nébuleuses dignes des far-West américains au sommet de l’Etat.
Qu’est-ce qui nous arrive ?
Quartier latin d’Afrique, pour avoir formé les premiers cadres des pays de la sous région au côté du colon, en témoigne Les soleils des indépendances d’Ahmadou Kourouma, nous étions, c’est vrai très mal partis depuis les indépendances avec 12 coups d’Etat de 1963 à 1972. Traités de l’enfant malade de l’Afrique, nous avons pu vaincre les 17 ans de dictature de Kérékou. La détermination du peuple, affamé, torturé, lynché, tué… a fini par vaincre la volonté de ce marxisme léninisme, bon dans la théorie mais catastrophique dans la pratique.
Une lueur, une toute petite lueur est apparue en 1990 avec une conférence des forces vives et un renouveau démocratique. Cinq ans où même si tout n’était pas rose, le peuple a pu respirer. Redémarrage des activités dans tous les domaines : économique, éducatif, culturel…
Seulement comme l’a indiqué le Professeur Kpogodo dans son article intitulé « les chiens se jettent à genoux », on nous rappelle à chaque fois que pour n’avoir pas voulu porter notre nom de départ, nous avons voulu que notre pays soit « bénin » c’est-à-dire « quelque chose de négligeable ». Nous avons l’esprit rabougri et refusons de faire croitre le pays. Rien de bien grand ne peut nous arriver, car, la grandeur,  nous y sommes réfractaires.
Prenez juste l’exemple sur le football. Alors qu’on a fait deux CAN, et qu’un championnat, professionnel est organisé pour la première fois dans le pays, on se retrouve subitement juste après un an d’expérience à une guéguerre entretenue et soutenue par des hommes d’affaires douteux, au crâne rasé qui se revendiquent très proches du Chef de l’Etat.
Pire, sur le plan culturel, alors que plusieurs prix ont été remportés par le ballet national sur le plan mondial, le site réservé pour construire le théâtre national a été troqué contre je ne sais quels tours administratifs. On a même assisté dans ce pays au fait  qu’un grand intellectuel ait pu faire disparaitre une bibliothèque départementale jusque parce qu’il fallait des bureaux pour une institution budgétivore, si médiatrice soit-elle.
Sur le plan économique, il est de notoriété publique que le coton était la fierté de ce pays sur le plan international, et qu’en l’absence de l’or noir, nous avions notre or blanc, pour lequel des plus values étaient distribués aux paysans après chaque récolte, suivi de baptême d’air.
Comment demandez à un peuple de ne pas être nostalgique de ces périodes alors qu’actuellement, c’est à cause de ce même coton qui faisait notre fierté que le nom du pays est entraîné dans la gadoue. Qu’une affaire de tentative d’empoisonnement survienne maintenant avec tant d’incohérences ne doit surprendre personne. Le peuple n’est pas amnésique, et bien des raisons sont fournies par le pouvoir pour en douter. Car, c’est ce même gouvernement qui a été capable de nous déterrer un cadavre plus court que le corps d’un disparu.
Que la presse internationale, RFI, AFRICA 24, Jeune Afrique, L’intelligent, et même AL JAZZERRA se mêle de cette affaire pour racornir davantage l’image déjà peu flatteuse que nous avions, je trouve que c’est assez grave.
Nous avons pourtant des intellectuels dans ce pays. Que tous ceux-là parce qu’intéressés, se laissent aller à un silence de mort, je pense que nous allons à une grande dérive.
Que gagne le gouvernement à s’embrouiller avec tous les hommes d’affaires ?   Martin Rodriguez, Sébastien Adjavon, Patrice Talon et Dieu seul sait le prochain sur la liste.
Quand on sait qu’en pleine négociations syndicats-gouvernement, on a été en mesure d’enfermer un grand responsable syndical pour défaut d’assurance alors qu’il n’a pas tué et qu’on ne lui a réclamé que soixante quinze mille francs CFA (environ 115 euros ) seulement, on est sûr que quelque chose se trame et le peuple doit rester vigilant.
Je ne donne pas la communion non plus à ces hommes d’affaires, sans confession, mais je dis que si effectivement, c’est  par rapport à une révision constitutionnelle que tous ces remous arrivent, ce serait de l’eau versée sur le dos du canard. Le tout  puissant Kérékou de l’époque a échoué. Ce n’est pas maintenant, un menu fretin qui réussira à faire changer de position à tout un peuple, attaché à une démocratie, obtenue au prix de vies humaines.
De toute façon, si des gens qui ne jurent que par la Bible, s'associent à des histoires si grotesques, ce n’est plus le peuple mais Dieu lui-même qui règlera leur compte au nom du peuple.
 Vivement que  la justice puisse rapidement nous éclairer afin que les lambeaux de dignité qui nous restent,  puissent être recollés. A temps.

Redonnez-moi mon nomAgence Sud Presse/ Anicet Fyoton MEGNIGBETO


OPINION-AFFAIRE TALON



Redonnez-moi mon nom !


Je ne suis pas Eustache Prudencio, mais je pense qu’au stade où on en est, tout Béninois est en mesure de reprendre haut, le titre de ce poème du regretté poète. Redonnez-moi mon nom, ou du moins redonnez à ce pays son éclat, d’entre temps.
Non, le Bénin, Dahomey d’alors connu pour la bravoure de ses rois, Béhanzin, Bio-Guerra, dont les renommées dépassent largement les frontières du pays, ne peut pas en être là. Qu’avons-nous fait au sort pour mériter tant d’humiliations de la part de nos politiciens, tous pareils, incapables, malicieux, experts dans l’art de rouler tout le peuple dans la farine ?
Quelle est cette histoire qui défraie la chronique et qui fait du Béninois la risée de tant d’amis à l’extérieur ? Toujours la tête haute parce que fier de son pays, c’est avec la tête bien basse que le Béninois tente désormais de regarder les autres, parce qu’hier, c’est lui qui traitait les autres peuples d’immatures, d’inconscients ayant élus des dirigeants mafieux, des hommes politico-religieux qui installent des nébuleuses dignes des far-West américains au sommet de l’Etat.
Qu’est-ce qui nous arrive ?
Quartier latin d’Afrique, pour avoir formé les premiers cadres des pays de la sous région au côté du colon, en témoigne Les soleils des indépendances d’Ahmadou Kourouma, nous étions, c’est vrai très mal partis depuis les indépendances avec 12 coups d’Etat de 1963 à 1972. Traités de l’enfant malade de l’Afrique, nous avons pu vaincre les 17 ans de dictature de Kérékou. La détermination du peuple, affamé, torturé, lynché, tué… a fini par vaincre la volonté de ce marxisme léninisme, bon dans la théorie mais catastrophique dans la pratique.
Une lueur, une toute petite lueur est apparue en 1990 avec une conférence des forces vives et un renouveau démocratique. Cinq ans où même si tout n’était pas rose, le peuple a pu respirer. Redémarrage des activités dans tous les domaines : économique, éducatif, culturel…
Seulement comme l’a indiqué le Professeur Kpogodo dans son article intitulé « les chiens se jettent à genoux », on nous rappelle à chaque fois que pour n’avoir pas voulu porter notre nom de départ, nous avons voulu que notre pays soit « bénin » c’est-à-dire « quelque chose de négligeable ». Nous avons l’esprit rabougri et refusons de faire croitre le pays. Rien de bien grand ne peut nous arriver, car, la grandeur,  nous y sommes réfractaires.
Prenez juste l’exemple sur le football. Alors qu’on a fait deux CAN, et qu’un championnat, professionnel est organisé pour la première fois dans le pays, on se retrouve subitement juste après un an d’expérience à une guéguerre entretenue et soutenue par des hommes d’affaires douteux, au crâne rasé qui se revendiquent très proches du Chef de l’Etat.
Pire, sur le plan culturel, alors que plusieurs prix ont été remportés par le ballet national sur le plan mondial, le site réservé pour construire le théâtre national a été troqué contre je ne sais quels tours administratifs. On a même assisté dans ce pays au fait  qu’un grand intellectuel ait pu faire disparaitre une bibliothèque départementale jusque parce qu’il fallait des bureaux pour une institution budgétivore, si médiatrice soit-elle.
Sur le plan économique, il est de notoriété publique que le coton était la fierté de ce pays sur le plan international, et qu’en l’absence de l’or noir, nous avions notre or blanc, pour lequel des plus values étaient distribués aux paysans après chaque récolte, suivi de baptême d’air.
Comment demandez à un peuple de ne pas être nostalgique de ces périodes alors qu’actuellement, c’est à cause de ce même coton qui faisait notre fierté que le nom du pays est entraîné dans la gadoue. Qu’une affaire de tentative d’empoisonnement survienne maintenant avec tant d’incohérences ne doit surprendre personne. Le peuple n’est pas amnésique, et bien des raisons sont fournies par le pouvoir pour en douter. Car, c’est ce même gouvernement qui a été capable de nous déterrer un cadavre plus court que le corps d’un disparu.
Que la presse internationale, RFI, AFRICA 24, Jeune Afrique, L’intelligent, et même AL JAZZERRA se mêle de cette affaire pour racornir davantage l’image déjà peu flatteuse que nous avions, je trouve que c’est assez grave.
Nous avons pourtant des intellectuels dans ce pays. Que tous ceux-là parce qu’intéressés, se laissent aller à un silence de mort, je pense que nous allons à une grande dérive.
Que gagne le gouvernement à s’embrouiller avec tous les hommes d’affaires ?   Martin Rodriguez, Sébastien Adjavon, Patrice Talon et Dieu seul sait le prochain sur la liste.
Quand on sait qu’en pleine négociations syndicats-gouvernement, on a été en mesure d’enfermer un grand responsable syndical pour défaut d’assurance alors qu’il n’a pas tué et qu’on ne lui a réclamé que soixante quinze mille francs CFA (environ 115 euros ) seulement, on est sûr que quelque chose se trame et le peuple doit rester vigilant.
Je ne donne pas la communion non plus à ces hommes d’affaires, sans confession, mais je dis que si effectivement, c’est  par rapport à une révision constitutionnelle que tous ces remous arrivent, ce serait de l’eau versée sur le dos du canard. Le tout  puissant Kérékou de l’époque a échoué. Ce n’est pas maintenant, un menu fretin qui réussira à faire changer de position à tout un peuple, attaché à une démocratie, obtenue au prix de vies humaines.
De toute façon, si des gens qui ne jurent que par la Bible, s'associent à des histoires si grotesques, ce n’est plus le peuple mais Dieu lui-même qui règlera leur compte au nom du peuple.
 Vivement que  la justice puisse rapidement nous éclairer afin que les lambeaux de dignité qui nous restent,  puissent être recollés. A temps.

Redonnez-moi mon nomAgence Sud Presse/ Anicet Fyoton MEGNIGBETO