Enseignant et critique littéraire Anicet Fyoton MEGNIGBETO est un passionné des TIC
lundi 10 août 2015
mardi 31 mars 2015
Cartulaire Bussonnier, un regard de Inès MISSAINHOUN
Dramaturge, nouvelliste, l’inspecteur Apollinaire Agbazahou est auteur de plusieurs œuvres: La bataille du trône, Le gong a bégayé (Théâtres) puis Kalétas la mascarade (Nouvelle). Il revient en avril 2014 avec une nouvelle plume Cartulaire buissonnier, un recueil de poèmes où il révèle un riche art poétique.
Paru en avril 2014, Cartulaire buissonnier est un recueil de poèmes publié aux Editions Plumes Soleil par Apollinaire Agbazahou. Subdivisé en trois parties Cartulaire buissonnier emprunte une architecture senghorienne (in Chants d’Ombre):un triple visage tel la Sainte Trinité.
Le premier visage «Briques d’Hercios» comporte douze poèmes, le deuxième visage «Lucifer démasqué» est un poème ruban, le troisième visage «Vénus en proie», comme le premier, présente ses douze « proies».
Le Prix Léopold Sédar Senghor 2008, Fernando d’Almeida, a parlé de Théosophie. Le poète dans « Briques d’Hercios» s’identifie au Dieu de l’architecture, de la charpenterie, de la construction… Et tel Hercios, il expose douze étages d’une immense construction ainsi que Jésus-Christ présentant ses douze apôtres pour l’accomplissement de l’œuvre chrétienne « Je suis chrétien catholique pratiquant. (…) Je n’ai jamais envisagé ma vie sans croyance en Dieu» Apollinaire Agbazahou in Entretiens avec des écrivains béninois au programme de Daté Atavito Barnabé-Akayi (chacun des douze poèmes compte de dédicataire).
Du travail au mérite
En effet, on y retrouve ‘’Brique1’’ dédicacée à Nicéphore Dieudonné Soglo, ancien Président du Bénin (1991-1996) et actuel maire de la ville de Cotonou. Dans ce poème, Apollinaire Agbazahou rend hommage à cet homme politique sur lequel il fonde ses espoirs « La race des gestes/impose la magnanimité/l’allure altière/révèle les goujats» P22. Pour Apollinaire Agbazahou, Soglo est un homme d’Etat, un homme politique respectable qui avait de grandes ambitions pour son pays. Ses œuvres pour ce pays ne sont pas des moindres : il a essayé de relever le Bénin de la misère ambiante qui le croupissait dans une léthargie, «L’ère Soglo fut la période la plus heureuse pour beaucoup de nos concitoyens. Les libertés fondamentales furent totalement reconquises» Apollinaire Agbazahou in Entretiens avec des écrivains béninois au programme. Mais très tôt des hommes qui se sentaient opprimés par sa gouvernance, retournent le peuple contre lui. «C’est un grand bâtisseur que les acteurs politiques n’ont pas laissé aller au bout de ses nobles ambitions pour la nation». On assiste à deux projets : à la louange, à l’éloge de l’homme politique puis on voit le poète cracher sur les détracteurs, ‘’les vautours’’ de Soglo dont les actions ont mis « à nu la porcherie/fulminant dans la gadoue/ dans une langue de fiel/ briseurs de destin »P22. Ainsi, ce poème est donc une sorte de défense du quinquennat de Nicéphore Dieudonné Soglo « La race des gestes/ révèle le prince/ ses doigts d’orfèvre/ ont tracé/ les tracés du soleil » P21. La datation le suggère aisément (avril 1996) : au lendemain de la passation de pouvoir de Soglo à Mathieu Kérekou.
‘’Brique2’’ dédiée au jeune poète révolutionnaire Daté Atavito Barnabé-Akayi en qui Agbazahou expose toute son admiration, son estime. Barnabé-Akayi fait désormais partie de la veine des grands écrivains dont la plume et l’œuvre s’imposent dans la littérature béninoise, puis africaine. ‘’Brique2’’ est comme une hymne dans laquelle Agbazahou salue et célèbre l’œuvre de Daté Atavito Barnabé-Akayi « comme une pluie fine et plus mouillante/ humblement comme la nuit qui s’éteint devant le jour/ modestement comme la fourmi mise sur la trompe du ciel/ les rayons de la gloire ont irradié la frêle lueur vacillante/ badine» P23. Il expose ici, les valeurs qu’incarne l’homme: dynamisme, respect, savoir, audace…«le cocorico s’impose/la coqueluche des muses/fascine séduit/suscite admiration arrachant respect et vénération/un costume de l’anonymat/révèle la grandeur de l’âme»P24.En effet, la littérature béninoise, en dehors de ses publications personnelles dans divers genres, lui doit beaucoup d’œuvres collectives Obama et nous, Même l’amour saigne puis Anxiolytique « source d’inspiration des œuvres hautes/rayon de mille éclats/simplement humblement, modestement» P24. L’œuvre créatrice de Barnabé-Akayi n’a accidentellement débuté qu’en 2010 ! N’est-ce pas là un grand de la fascination?
Briques 3 et 4 n’ont pas échappé aux dédicaces. La ‘’Brique3’’, Mahougnon Kakpo, spécialiste de la littérature orale sacrée, en est le bénéficiaire. Déjà par la récurrence du champ lexical de la tradition (‘’trésors antiques’’, ‘’limons passés’’, ‘’mânes des ancêtres’’, ‘’aïeux’’, ‘’adeptes’’, ‘’gris-gris’’, ‘’voduns’’, ‘’fa’’, ‘’fadus’’, ‘’Sisyphe’’, ‘’lointain antique’’); le jeune poète le présente comme garant de la tradition africaine riche de valeurs. Ici, Mahougnon Kakpo est tel un transmetteur de «flambeau», qui renouvelle et redonne vie à la tradition africaine : «le tapis l’univers a faim et soif/gris-gris, voduns, fa et fadus/sont logistique nécessaire à sa beauté (…) le flambeau éclaire le sentier/le berger conduit le troupeau/pâturages de l’identité distinguée». Ces nombreuses recherches sur la poétique de la littérature orale sacrée en Afrique en témoignent (« Le fa comme vecteur de savoirs littéraires » ; « Trupen-medji dit lelo: sémiologie de la sorcellerie à travers le fa» ; Introduction à une poétique du fa; Les épouses du fa: récits de la parole sacrée du Bénin).
Guy Ossito Midiohouan, Professeur de littératures africaines francophones au Département de Lettres Modernes, est élevé au rang de «légende» dans ‘’Brique4’’. Ainsi, la fréquence anaphorique (7 fois) «La légende se légende/le mystère se conserve» dans ce poème montre la grandeur, l’immensité et la force de Guy Ossito Midiohouan. Enfin, ‘’Brique 4’’ fonctionne comme une ballade, mais ‘’une ballade africaine’’. Et davantage les nombreuses hyperboles (‘’a gagné le temple avec lot d’extravagances’’, ‘’broie tout sur son passage’’, ‘’déteint sur tout’’, ‘’titan détenteur’’, ‘’cœur aux archipels des générosités’’), les fréquentes comparaisons avec Prométhée, dieu de la mythologie grecque et les vocables «Dieu» et «REVELATION» consacrent ce texte en épopée.
Une poésie, empreinte de la société
Dans ‘’Brique8’’ Agbazahou expose les réalités relatives à sa fonction: le châtiment corporel en milieu scolaire. En effet, l’inspecteur poète s’insurge contre la proscription de cette mesure punitive et prône le bâton comme stimulant au travail «le bâton, la carotte, le conseil/trilogie faiseuse de soleil/tue les germes de l’arrogance/la stratégie d’ensevelissement de l’insolence/du redressement exige vigilance/(…) père fouettard n’est pas perfidie/progéniture ringarde/mérite le régal des punitions chaudes (…) ingrat, l’enfant qui à la fin/ne célèbre pas le bâton» pp 37-38. On y découvre alors un homme nostalgique de la tradition, qui n’est point sorti de la thématique habituelle dans ses pièces de théâtre. Le «bâton» dans ce poème est une mesure ancestrale.
«Lucifer démasqué» est un long texte que le poète élabore en versets. Il y pose des problèmes de la jeunesse et accorde une attention particulière à la couche des vulnérables, des marginalisés un peu comme le fait si bien le prix Ahmadou kourouma 2010 Florent Couao-Zotti dans son œuvre (Notre pain de chaque nuit, Poulet bicyclette et cie …) A travers un champ lexical religieux (oraisons, lucifers, Dieu, saint, immaculé obscurité, croyances, bougie, christ, Golgotha, cendres…), le poète sensibilise, moralise et défend la jeunesse, les enfants marginalisés dénudés de toute attention, des enfants qui séjournent dans la misère, la souffrance, livrés à eux mêmes «poussin sans mère–poule, livré aux avatars de /l’existence souffrant du chaud/et du froid d’une âme égale/héros bravant intempéries et vicissitudes» p63. Or Habib disait déjà « Give them your hand» dans son album Dis-moi quand. Apollinaire Agbazahou réitère cette demande dans « Lucifer démasqué».
Agbazahou et l’amour
«Venus en proie » offre des poèmes qui parlent essentiellement d’amour, or qui dit amour dit nécessairement femme. Comme tout véritable poète d’ailleurs, Apollinaire Agbazahou ne dérobe pas à la tradition. Atteint par la flèche de cupidon il se remémore ses amours avec ses venus. De « Proie1» à «Proie12» la thématique est la même: amour; amours perdues «je suis le cœur percé/de tendres succès perdus/soleil de mon être confus» p84; les souvenirs d’un amour« nous étions flamboyants de jouvence/nous avons joué à cache-cache/au crépuscule des temps »p85; cœur meurtri « et ces mots durs/à la dureté de/l’aridité du désert/que tu décroches/pour dire le ras-le bol/me flagellent l’âme/comme un fouet »; la joie d’aimer, la beauté de la bien-aimée y sont présentes.
Une écriture modernisée
« Il venait de livrer le secret du soleil et voulut écrire le poème de sa vie », Tchicaya U Tam’si, Feu de brousse in Lire cinq poètes béninois, Daté Atavito Barnabé-Akayi.
Dans Cartulaire buissonnier, nous assistons à la rareté des signes de ponctuation; chose déjà observée chez les surréalistes. La forme des poèmes de Cartulaire buissonnier est particulièrement différente. On peut remarquer que certains poèmes ne respectent pas les normes de la grammaire française et de la versification. Le poète moderne qu’est Apollinaire Agbazahou a balayé du revers de la main ces règles qui enferment les poètes dans les «fers». Désormais la poésie se veut libérée et libératrice. Cette poésie trouve ses racines dans la sensibilité, les émotions d’Agbazahou. « La poésie d’Apollinaire Agbazahou est enduite d’une huile produite par des huîtres de vers qu’on ne peut déguster sans enlever la coquille rugueuse qui laisse présumer des constructions hermétiques »p13 Daté Atavito Barnabé-Akayi in Préface Cartulaire buissonnier. Il ressort de ces textes une poésie allégorique dont la particularité du langage réside dans la forme ses poèmes: ‘’Proie1’’ déjà connue dans la troisième vitrine «Soleil de mes ténèbres» in Anxiolytique, Barnabé-Akayi (qui renvoie aux Calligrammes de Guillaume Apollinaire). A travers ces poèmes Agbazahou nous plonge au cœur du lyrisme où polyphonie et euphorie sont au paroxysme. « Lire Apollinaire Agbazahou, lire Cartulaire buissonnier, c’est recourir à des mots que « rhizome » le sacré au plus près d’un consentement du monde, d’un approfondissement de soi» Fernando d’Almeida in Postface à Cartulaire buissonnier.
Inès MISSAINHOUN
jeudi 26 mars 2015
Les mamelles du Soleil de Jean-Claude Kuika
Les mamelles du Soleil: anthropomorphisme jouant sur l'isotopie et
l'isosémie de l'Afrique, se révèle être une véritable allégorie
dénonciatrice des maux qui minent ce Continent si laiteux qu'il se laisse
traire par tout venant.
Anicet Fyoton MEGNIGBETO
Bientôt l'analyse critique complète intitulée;
Les mammelles du Soleil de
Jean-Claude Kuika ou la reptation
malheureuse de l'Afrique.
mardi 24 mars 2015
mercredi 18 mars 2015
Omon-mi (mon enfant) d’Ousmane Aledji: l'humanisme peut-il être l'apanage d'une culture?
Le nom Ousmane Aledji
sonne au Bénin, particulièrement théâtre. Le doute est levé tout de suite, car,
acteurs de la chose littéraire, dramaturges, spectateurs,
téléspectateurs et auditeurs reçoivent ce nom comme un nom de la même famille
que le théâtre. Son ascension récente à la tête de la structure faîtière du
théâtre béninois (FITHEB) en est une
grande illustration. Mais depuis 2002 où il a servi Cadavre mon bel amant aux éditions NDZE, le silence au niveau de ses publications est
resté plus qu’assourdissant. Un silence mal ruminé par ses lecteurs qui peuvent
désormais se réjouir de Omon-mi (Mon enfant), co-édité par les éditions Plumes
Soleil et Artistik Editions. De quoi est-il question ?
Omon-mi (Mon enfant) restera une pièce de
théâtre unique. Les théâtrologues classeront difficilement la pièce dans une
catégorie précise. Toujours est-il que cette pièce de 100 pages sort des
sentiers battus et bat en brèche plusieurs règles du théâtre, à commencer par
celle des trois unités, action, temps et lieu.
L’ACTION
La pièce raconte une histoire prise en elle-même pour banale
notamment dans certaines contrées africaines. Un enfant qui naît enroulé dans
du placenta. Sacrilège. Sacrilège pour une tradition puriste respectueuse des
lois de la nature qui n’accepte aucun enfant qui ne sort des entrailles de sa
mère indemne, la tête en premier. Sacrilège pour une tradition fidèle à ses
principes, rejetant toutes modifications, toute autre manière de venir au monde
considérée tout de suite comme une anomalie. Sacrilège donc qui mérite une
punition adéquate. Le refus d’existence. La mise à mort. Arraché donc à sa mère
pour ce crime d’anomalie de sortie,
l’enfant sera condamné à être enterré vivant par des adultes commis à la tâche.
Malgré la crise de conscience de l’un d’entre eux, les protestations de la mère
rebelle pour avoir déjà mal ingurgité le malheureux et mortel sort qu’on a fait
subir à son autre enfant Albinos, le Dah, chef de la communauté et ses
conseillers n’ont pris autre décision que celle indiquée par la coutume, même
au détriment de l’une des pratiques de cette dernière qui aurait permis de
consulter l’avis des ancêtres. Une folie maternelle logique coiffe tout.
LE TEMPS
Même si l’on pourrait difficilement rejeter les vingt-quatre
heures d’action, le temps dans cette pièce n’est pas linéaire. Il suit un
rythme anachronique. La scène s’ouvre sur un environnement nocturne, remonte
aux actions de la journée, la naissance, le baptême, le conseil des sages,
l’enlèvement, l’horrible inhumation, pour revenir à la même nuit et indiquer le
cynisme de ces thaumaturges qui se saoulent après avoir commis l’innommable. En
dents de scie donc, le temps de cette pièce reste bien collé à son temps
historique, celle d’un monde qui malgré son ouverture sur la modernité reste
bien attachée à des pratiques qui s’endurcissent, et persistent. Mais la
concentration du temps aussi en vingt-quatre heure, cette accumulation en un
temps si réduit pourrait traduire cet enfer, cet engrenage que la tradition
fait subir aux parents qui ont le malheur de voir leurs enfants naître avec des
normes autres que celles dictées par la société ; comme si les parents pouvaient décider de la
manière dont leurs enfants allait naître. Ce temps d’enfer est comparable à La parenthèse de sang évoqué par le célèbre
dramaturge Sony labou Tansy.
LE LIEU
Les lieux de la pièce sont loin de respecter la règle de
l’unité. Le dramaturge lui-même précise les divers lieux. De la forêt où l’enfant a été enterré à la
boite Nelson bar, l’espace dans cette pièce est bien ouvert et multiple. A la
naissance, l’enfant a reçu un baptême conséquent chez ses parents qui ont reçu
des visites. Il a été ensuite volé donc a pu quitter chez ses parents pour être
transporté par ses ravisseurs dans la forêt. Il a ensuite quitté l’espace
terrestre pour celui souterrain, puisqu’il a subi une inhumation
indescriptible. Mais avant tout ceci, il a fallu que le Conseil siège pour
décider de son sort. Ainsi, si le temps peut être comparé à un engrenage, il
n’en est pas de même pour le lieu, ouvert
pour des mouvements multiples. Mais toujours est-il que ces mouvements,
loin d’être à l’avantage du personnage principal qu’est la mère et de son
enfant, sont à leurs dépens.
L’action, le temps et le lieu forment donc un cercle tragique
comme celui des tropiques d’Alioun Fantouré pour mieux assommer, pas
politiquement mais socialement l’individu.
Mais on prendrait mal la pièce si, avec le temps, l’action et
le lieu on déduit sans autres formes de procès qu’Ousmane Alédji reste dans la
même logique que Florent Couao-Zotti par exemple dans la nouvelle parue dans le
recueil Poulet bicyclette et cie et
intitulée « L’enfant sorcier », où le nouvelliste sauve l’enfant des
griffes de ses bourreaux, traitant la pratique de barbares. Ce serait mal lire la pièce d’Alédji. En
réalité, le dramaturge sort de ce sentier battu et propose à ces lecteurs une
autre approche de ces critiques occidentales toutes formulées dans le seul but
d’indexer la seule Afrique comme couvant des pratiques barbares. L’horreur
indexé est-il uniquement imputable à une
seule région du monde ?
OMON-MI, UNE PIÈCE A THÈSE
La rébellion de la mère et sa folie sont loin d’orienter le
lecteur vers une position dénonciatrice des pratiques ritualistes. En réalité,
le lecteur est progressivement orienté sur
une analyse de la situation autre qu’une condamnation béate. On sait que l’une
des raisons évoquées par le colon pour envahir le continent africain dans le
but unique de s’emparer de ses richesses est l’évocation de ces pratiques qui
le confondent aux grands singes de la forêt équatoriale. Claude Lévis Strauss,
Gobineau… dans leurs rapports de voyage peignaient le Noir en noir. Il fallait
insister sur la barbarie pour montrer la nécessité de nous apporter la Lumière,
prétexte à une colonisation sauvage. Est donc barbare, toute pratique
culturelle venant de ces gens noirs, si noir que l’on pourrait se demander si
Dieu si bon peut mettre une âme dans un corps si noir (Montesquieu). Les premiers écrivains africains tel que
Paul Hazoumè à travers Le pacte de sang
ont donc servi de relai à théories colonialistes qui confortent la domination
coloniale. Même jusqu’à ce jour, il est clair dans l’entendement humain, que
quand on évoque la barbarie, l’on pense d’abord au continent africain. En
témoigne plusieurs ouvrages et films condamnant l’Afrique.
Mais Alédji ici, prend tout le monde à court. Loin de se
contenter de condamner le fait, il ouvre sa pièce sur une série de
questionnements. Le lecteur est promené un peu partout dans presque toutes les
grandes capitales du monde où des pratiques identiques ou pires sont monnaie
courante.
« Dans les
hôpitaux d’Acapulco, de New York, d’Abidjan, de Londres ou de Paris les mieux
équipés du monde, on se débarrasse des enfants sorciers, par centaines.
Dans certaines régions
de la Chine, les fœtus féminins sont traités comme des ennemis de la
République. Ailleurs, des laboratoires souterrains se battent autour des
cellules souches pour cloner 42 fœtus en une heure. » p. 91-92.
Sous d’autres noms plus civilisés donc, les mêmes pratiques
se déroulent, officiellement avec une législation appropriée. Mais pourquoi
accepter et financer les avortements, pourquoi autoriser l’euthanasie, pourquoi
cloner des fœtus et s’en prendre dans le même temps aux africains qui sélectionnent
leurs nouveaux nés ?Même si Aledji n’approuve aucune des pratiques, il
s’interroge quand même sur le droit qu’ont les uns de s’en prendre aux
autres alors que dans le même temps ilsont
les mêmes cultures meurtrières ?
On comprend ainsi aisément cette série de questions posée par
l’auteur :
« Faut-il au nom
d’un humanisme bienveillant, de la correction, de la morale et de l’éthique,
laisser naître et grandir un enfant que l’on sait différent, déficient
handicapé ?
Nous sommes-nous
entendus sur des exécutions excusables d’enfants ?
L’humain a-t-il le
droit de s’arroger le pouvoir de vie de mort sur son semblable ?
Y a-t-il une culture
plus humaine, plus humaniste, plus civilisatrice qu’une autre ? » p. 91
Cette série de questions déterminent la neutralité que
voudrait afficher Aledji, une neutralité en réalité convertible en thèse
respectueuse des pratiques de chaque culture.
UNE ÉCRITURE INNOVANTE
Cette sortie des sentiers battus ne se limite pas uniquement
à la thématique. L’écriture restera aussi innovante avec un découpage en 14
scènes sans actes. Le lecteur découvre aussi des répliques ordinaires
similaires à celles que l’on pourrait découvrir dans un récit romanesque. Une
attribution de parole dans un dialogue théâtrale extraordinaire où le ne voit
pas écrire le nom des personnages mais où l’on découvre juste des tirets de
dialogue. L’on note aussi la présence de personnages comme Le narrateur qui
raconte effectivement les faits et la présence de scènes avec pour seul contenu
une didascalie.L’on pourrait cependant déplorer la présence abondante de
didascalies surtout au niveau des débuts
de scènes. Un constat qui s’éloigne du nouveau théâtre qui se veut respectueux
du metteur en scène, libre dans ses retouches et orientations de la pièce.
Au total, Aledji renoue avec les publications, avec une
grande innovation et enchante la dramaturgie béninoise avec une orientation
pertinente d’un sujet sociologiquement capital : omon (enfant).
Anicet Fyoton MEGNIGBETO
mercredi 21 août 2013
Maboa (Obama et nous Sous la cordination de BARNABE-AKAYI)
De Anicet Fyoton MEGNIGBETO
De chaudes larmes filaient encore
de ses yeux et circulaient sur sa joue. Son
corps fluet, supportait à peine le climat aride de ce milieu d’où il venait de
se réveiller hagard. L’entourage, des barbelés de fer, lui parait suspect, car à peine se souvient-il
encore de ce pourquoi il se retrouvait là. Des réminiscences vagues lui
traversaient l’esprit. Mais rien. Toujours rien. Cet état dubitatif de mi
conscient mi endormi lui chauffait encore plus les nerfs. Il s’essuya le
visage, voulut adopter une posture normale, mais ce que réclamait le corps
était plus profond que le sérieux que la raison lui réclamait. Il se laissa
donc aller et retomba douillet sur ce canapé qui lui servait de lit.
Mais où donc puis-je me retrouver ?
se demandait-il. Qu’est-ce donc a pu se passer pour que je puisse me trouver
dans un univers pareil ? Mes parents ! Oui, mes parents, mon père, ma
mère, ma bombe de fiancée ! où sont-ils tous pour m’abandonner dans cet
état ? Ma fiancée !
Maboa surgit brusquement et
sortit de ces rêveries quand la petite porte qui servait d’entrée à ce lieu
s’ouvrit. Deux gardes entrèrent armés jusqu’aux dents, lui mirent, à une
vitesse lumière, des menottes aux mains et aux pieds puis le placèrent sur le
chemin de la sortie. Cette violence
réveilla rapidement Maboa qui commençait à retrouver son esprit.
Il se souvient. Un mois plutôt,
il était encore chez lui. Oui, installé chez lui dans ce village d’Assiangbomè,
où après ses études d’agronomie, il est retourné expérimenter les théories
apprises dans ce département de la FSA à Abomey-Calavi. Brillant étudiant, Il
se rappelle, que loin de tous ses camarades, il était toujours le premier de sa
promotion. Evidemment, le département excellait dans les cours théoriques et la
pratique n’était pas du tout une priorité. En manque de matériels adéquats, le
laboratoire était aussi chétif que vide. Les étudiants maitrisaient donc toutes
les notions élaborées par les grands agronomes depuis l’antiquité, mais à la
fin, le moindre cycle était difficilement maitrisable car, il suffit qu’il
pleuve un jour sans que cela ne soit prévu par la théorie pour que la panique
s’installe.
Pourtant, Maboa, se retrouvait
très bien dans cette ferme d’Assiangbomè. Une grande ferme où il faisait autant
l’élevage que l’agriculture. Très jeune, sorti fraîchement de l’université, il
ne tarda pas à faire ravage dans ce petit village. Les jeunes filles, fatiguées
de toujours avoir à choisir parmi ces vieux paysans sans ambitions, la plupart
polygames avant la naissance, trouvèrent l’occasion de manifester leur
revanche. Elles tournèrent toutes autour de l’agronome. Celui-ci, adepte de la
théorie d’une vie chaste, avait passé tout son temps sur le campus à ne
s’intéresser qu’à ses études. Les jeunes filles et lui vivaient dans deux
mondes différents. Quand, grâce à sa brillance, l’une d’elle tentait de
s’approcher, c’est comme s’il flairait de loin son odeur : il disparait du
secteur. Les seuls endroits qu’il fréquentait réellement étaient la Bibliothèque
de l’université et le centre culturel
français. Deux endroits que certaines étudiantes, délibérément ou par
inconscience, ont en adversité. La
réussite n’étant pas du tout un problème. Il suffit de taper à la bonne porte
et à l’heure indiquée pour avoir sa réussite assurée.
Donc, Maboa, les fuyait toutes
jusqu’au moment où, vers la fin de ses études, il en eut une qui lui plut. Mais
sa réputation a fait qu’il n’a pas eu la technique nécessaire pour l’aborder,
et réussir à la convaincre. Il savait lui, convaincre les enseignants à travers ses
productions, mais les jeunes filles, il n’en a pas l’habitude, il n’y arrivait
pas.
A Assiangbomè, ce problème ne se
posa pas du tout, puisqu’il ne s’agissait pas pour lui de convaincre. La matière
est là disponible et il n’a même pas d’effort à faire. Les jeunes filles
défilaient tellement que, et les anciens, et les jeunes paniquèrent. De
nombreux conseils de village se tinrent. Maboa risque de leur ravir la vedette
et leur priver de toutes leurs femmes. Le village risque même de ne plus avoir
de descendance car Maboa seul s’accaparerait d’elles toutes.
Cependant, Maboa n’était pas du
tout de ce genre. Défilé, il y en avait certes, mais dans son cœur, il y en
avait qu’une seule qui pouvait le faire vibrer. Une seule qui, à ses yeux
représentait la bonne compagnie dans cet endroit oublié de la terre, où seuls
on a pour compagnie, les herbes et les animaux.
La jeune et sulfureuse Kossiwa
aux derrière généreuse, était le souffre –douleur de Maboa et dès qu’il l’a su,
il mit fin, non sans mal au défilé. Les autres jeunes filles arguant que c’est
à travers le Gbotémi qu’elle a pu
gagner le cœur de l’agronome, s’y mirent également et Maboa se retrouva pendant
au moins un mois au lit, couché chez le guérisseur. Celui-ci, heureusement pour
lui, était le géniteur de Kossiwa.
A sa guérison, tout a été mis en
œuvre et les parents se sont mis d’accord pour célébrer le mariage. Maboa,
faisait régulièrement des cadeaux à sa future belle famille.
Revenant de la ville où il allait
de temps en temps pour faire ses provisions, il acheta une radio. Oui, une
petite radio, car il y a longtemps qu’aucune information de son pays, ni du
monde n’est parvenu à ses oreilles. Une radio qui marche avec des piles car il
est normal que dans ce trou, il ne pouvait l’alimenter avec du courant
électrique. Il acheta ainsi un carton de piles car il ne voulait pas être en
rupture avant le prochain tour en ville.
Rentré tout content et tout fier
de cette acquisition- il sera le seul du village à détenir un outil moderne-,
il fit fête avec sa fiancée par qui il envoya une bonne partie de sa provision
à sa belle famille : Sardine, tomate en boîte, biscuit, corned-beef…
toutes ces nourritures, only for dog importées et qui font la joie des
villageois qui en raffolent jusque parce qu’ils changeaient de nourriture mais
aussi et surtout parce que, quand on mange ces mets, on ne ressemble plus au
Blanc, on en devient un à part entière.
Il alluma sa radio. Mais il a du
mal a capté les chaînes. Il dut se déplacer un peu. Le village était montagneux
et son expérience lui dicte cette solution. Il alla donc s’installer sur l’une
des plus grandes montagnes du village situé dans le quartier Sodji. Là,
nettement il réussit à avoir l’ORTB, et même sur la bande SW Radio France
Internationale, RFI, réputé pour l’actualité mondiale.
Quelle n’a pas été sa stupeur, sa
grande joie, sa grande surprise, son euphorie quand, sur RFI, il apprit que le
pays le plus puissant dont il a toujours entendu parler, le pays issu de l’immigration
des Blancs européens, le plus grand pays esclavagiste du monde, le pays où ses
ancêtres ont souffert dans les plantations de canne à sucre à cause de leur peau,
le pays qui a fait la guerre de sécession, le pays qui a assassiné Martin
Luther King, a osé élire un Noir comme Président de la République. Le monde
tremblait à ses pieds. Il ne voulut rien en croire. Il éteint la radio. Mais la
rallume l’instant d’après afin que, de ses oreilles grandement ouvertes cette
fois-ci, il puisse l’entendre. Il changea même RFI, parce que selon lui, ces
français, il leur arrivait de dire quelques contre-vérités sur leur chaîne,
quitte à provoquer des remous dans la population et opérer des démentis après.
Il voulut capter l’ORTB, mais puisque
c’était un peu difficile, il tomba miraculeusement sur la BBC. Il a encore
quelques réminiscences de l’Anglais appris au collège et à l’Université et les
Etats-Unis parlent Anglais. Là, c’était clair, le 44ème président des Etats-Unis était un Noir, de
père Kenyan.
Pour lui, c’était la plus grande
fête, non plus parce qu’il a fait des emplettes, mais parce que, désormais,
tout était possible dans ce monde. Un Noir à la maison blanche. Là l’espoir est
permis. Pensait-il.
Un grand projet commença à se
dessiner dans sa tête. Il pensa que lui, grand agronome, major de sa promotion,
ne méritait plus de rester dans ce trou. Il en est même arrivé à se demander,
comment il a pu se retrouver dans un coin pareil, alors que de belles choses
pouvaient se passer ailleurs et que l’avenir serait radieux loin de chez lui.
Obama Président, c’est le paradis noir. Aucun Noir ne subirait plus aucune humiliation
comme autant de Rose Parks. Plus aucun Blanc n’osera lever la main sur un Noir.
Le Noir est libre, il est président. Et si un Kenyan a pu s’immigrer pour aller
jusque là-bas dans le pays de l’oncle Sam, pourquoi pas lui. Pourquoi lui, ou
bien les fils qu’il aurait là-bas ne deviendrait-il pas gouverneur d’un Etat où
Président avec pour siège la Maison Blanche.
Oui, c’est décidé, quel que soit
ce que cela puisse coûter, il faut qu’il aille aux Etats-Unis. Il a beaucoup
d’amis qui n’ont même pas fini les études avant de partir en Occident. Il
demanderait conseil. Obama est président et il n’avait plus besoin de visas. Il
faut être con encore à l’ère d’Obama pour chercher à avoir un papier pour
passer les frontières. Qui est ce Blanc qui pourrait l’arrêter ? Il avait
juste à lui dire que désormais, le pays est à eux. Qu’un Noir ne peut pas
siéger à Washington, et les laisser eux, les hommes de la même couleur que lui
dans cet état. Il faut être inintelligent pour chercher même à jouer à ce jeu
bizarre qu’ils appellent Loterie visas Amérique. Lui ? Non. Rien de tout
cela. L’important c’est de se pointer aux frontières et plus personne n’osera
le déranger.
Il apprit qu’il fallait négocier
un passeur. Traverser l’Atlantique par pirogue, faire au moins un mois, vivre
difficilement pendant ce séjour avant de se retrouver au Mexique ou à
Guantanamo au Cuba. Il se foutait pas mal de ceux qui tentaient de l’en
dissuader, parce que lui sait que s’il fallait même traverser l’Atlantique à la
nage, il le ferait. Que personne ne le trompe en évoquant Guantanamo car, avec
Obama, plus personne ne se retrouvera dans cette région qui abrite un grand
centre pénitencier. Obama, c’est ce qu’il a appris à la radio, a promis fermer
ce centre. Et puis, qui veut-on tromper ? Fidèle Castro n’est plus au
pouvoir. Cuba, c’est un passage garanti. Et puis les Mexicains ? ils ne
peuvent pas lui faire peur, eux non plus. Il connait leur histoire. Il sait que
quand on feint de rentrer dans leur réseau de narco trafiquants, on peut tout. Les
moyens pour y arriver importent peu. L’essentiel est de se retrouver sur le
territoire des Etats-Unis
Donc, tout a été ficelé pour que
le départ soit pris pour trois heures,
une nuit à la plage de Togbin. Togbin tout simplement parce qu’à Cotonou, à
Ouidah ou à Grand-Popo, les regards seraient trop braqués sur eux. Il informa
sa fiancée d’un imminent voyage. Un voyage dont il ne donne pas de précisions.
Il lui promit de venir la chercher. Ils partiraient loin de ce village où ils
vivraient très heureux avec une famille nombreuse.
Il prit sur lui tout l’arsenal
indiqué. De grosses couvertures pour se protéger du froid, de la nourriture et
pas n’importe laquelle. Du lio, du abla, du akandji, du klèklè, … enfin,
tous ces mets que les rois d’Abomey
avaient sur eux quand ils allaient à la guerre, parce que difficilement
périssables. Un bidon d’eau qu’il fallait gérer rationnellement, parce que
contrairement à ce que l’on pourrait penser, il n’y a pas pire produit rare sur
la mer que l’eau potable.
Aucune de ces conditions ne lui
disait rien, on lui a raconté, l’histoire de Ceuta et de Meula, et il sait
qu’il est astreint à de grands risques. Mais pour une Amérique libérée de
toutes ces histoires du genre racisme, tous les risques valaient la peine d’être pris. Il est
suffisamment fort pour affronter victorieusement tout cela. Ceux qui
réussissent n’ont pas deux têtes. Lui, ce n’est pas n’ importe qui. Lui
c’est Maboa. Le Fils de son père, major de sa promotion, fiancé de la sirène du
village. Lui, oui, lui c’est le futur gouverneur de l’Etat de la Nouvelle-Orléans
où il poserait ses bagages. C’est le géniteur du futur président des Etats-Unis.
Rien ne peut lui faire peur.
Les gardes ouvrirent une grande
porte à double battant après environ un kilomètre de marche difficile. Ces deux
mains et ces pieds lui faisaient énormément mal. Les larmes qui inondaient son
visage ont cédé place à de grosses sueurs qui coulaient de partout sur son
corps.
On le fit asseoir dans une grande
salle devant un grand monsieur en toge noir. Il comprit que celui-là ne pouvait
être qu’un homme de droit. On l’interrogea, sur son identité qu’il déclina, non
sans mal, car sa souffrance décuplait au fur et à mesure qu’il constatait les
menottes le serraient et les gardes ne le laissaient pas des yeux une seconde.
Toute idée d’évasion était impossible. Il n’en aurait même pas la force
physique. L’homme en toge noir, l’informa des causes de son arrestation. Deux
jours avant, il y avait eu un attentat à la voiture piégée. La CIA et le FBI,
ont mené des enquêtes rapidement et puisque, lui Maboa était dans leur fichier,
ils n’ont pas hésité à le prendre.
Maboa n’en revient pas ses
oreilles. Comment lui qui est venu dans ce pays d’Obama, ce pays si libre,
pouvait se retrouver dans une affaire si sale ? Il tenta de démonter qu’il
ne pouvait pas s’agir de lui, parce que
lui, était sur le territoire que depuis deux jours. On lui apprit qu’il s’agit
bien de lui, parce que, l’attentat est toujours commis par des musulmans et
puisqu’il en était un, il n’y a aucun doute que ce soit lui. Il ne peut pas
porter le nom d’Hussein et dire qu’il n’est pas musulman. Pire, il est Noir,
comment ne pas arrêter un Noir pour un attentat alors qu’eux tous ont le même
visage. De toute façon, la CIA et le FBI, sont formels, c’est sa photo qui est
dans leur fichier.
Maboa se dit surtout qu’il y a un
malentendu. Mais toutes ces tentatives pour démontrer le contraire firent
vaines. Il reçut un violent coup de pieds à ses tendons. Il s’est souvenu qu’au
fait, Obama est président et que maintenant il peut tout faire du moins tout
dire.
Il s’en prit donc aux Blancs.
Leur démontra qu’ils sont racistes. Mais que depuis le docteur Dubois, en
passant par Martin Luther King, Rosa Park, Malcom X, Le pasteur Jessy Jackson…
de nombreuses luttes ont été menées et que maintenant Obama est président. Que
rien de tout ce qu’ils feraient n’aboutirait parce que bientôt Obama lui-même
viendrait le sortir de cette prison.
Un autre violent coup de pieds
atteint sa jambe droite.
Cette douleur lui rappela encore
cette traversée de l’Atlantique. De l’enfer. Il fallait, affronter plusieurs facteurs
à la fois. La mer avec ses crises de colère, les passeurs qui se révèlent très
escrocs-il fallait à sa demande lui donner de l’argent quand il en a envie puisque
c’est lui le roi et que tous se retrouveraient au fond de la mer, voisins des
grands poissons s’ils n’obtempéraient pas- ces Shebabs somaliens qui, au lieu
de se contenter des grands bateaux pétroliers dans leur Océan Indien, viennent
s’associer au Boko Harm afin de semer la terreur jusque dans l’Océan
Atlantique ; la faim, la soif, le soif qu’il dut affronter pendant ce
trajet, et cette peur permanent d’être arrêté par les gardes côtes d’un pays.
Il a du affronter tout ceci, mettre les pieds enfin dans son pays de rêve, dans
l’Etat de la Nouvelle-Orléans où il comptait amener sa fiancée et former une
grande famille.
L’homme en toge noir, un Blanc,
bien-sûr, n’a pas su supporter ces injures à son encontre. Obama est président,
certes, mais le pays n’est pas au Noir. Des Blancs sont encore dans le pays et très
puissants. Qu’aucune illusion ne traverse l’esprit des Noirs. Aussi longtemps
que les Blancs existeraient dans ce pays, aucun Noir n’aura les coudées
franches pour gouverner. C’est pourquoi les Républicains lui mettraient
toujours les bâtons dans les roues.
Maboa fut immédiatement condamné
dans ce tribunal, avec ce simulacre de procès parce qu’il n’y avait même pas
d’avocat. Pour ne même pas le laisser souiller le sol des Etats-Unis et
puisqu’il affirme ne pas l’homme qu’ils recherchaient, il a été programmé dans
un vol charter pour retourner d’où il venait.
Dans l’avion retour, Maboa
continuait d’être étonné. Comment peut-on
traiter ainsi dans un pays où un Noir est président ? Les Noirs
l’ont pourtant élu à 90%. C’est ingrat de sa part.
On m’a renvoyé des Etats-Unis. Et
pourtant Obama est Président. Il ruminait
encore sa déception quand enfin il parvint difficilement à rejoindre son
village. Il apprit qu’il y a une grande manifestation inhabituelle dans le
village.
Sa fiancée, convaincue qu’il ne
retournerait plus, avait dit oui au jeune Instituteur qui venait de s’installer
dans le village.
mercredi 16 janvier 2013
Onomatopée d’un monde aux
abois
Armand Adjagbo,
sans être Issifou Dramani, récidive. Et ses mots pour corriger les maux, le
confirment dans ce choix fait de rester à l’écoute du peuple et avec lui. Slamodrome, mieux que Délices D’épices, installe l’auteur,
dans ce genre poétique qu’il est en train d’adopter définitivement, en témoigne
l’absence, dans cette présente édition d’une deuxième partie consacrée à
quelques textes poétiques écrits de façon éparse dans le premier ouvrage.
S’il a donc semblé avoir tergiversé dans son premier ouvrage, le slameur, sait
désormais où il va. Dans les pas de Marc Kelly Smith, il opère très lentement
mais assurément des pas de géant dans ce monde d’audacieux, soucieux du bien-
être de leurs concitoyens et capables de dénoncer, au prix de leur vie les
écueils qui entravent l’épanouissement juvénile, que dis-je, humain.
Ayant lu La
Fontaine et l’histoire littéraire du XVIIème siècle français, le poète sait
avant tout, dire haut les anicroches politiques sans les nommer. Hugolien
et Césairien endurci, Armand Adjagbo, s’attaque ici tout sans la moindre
retenue. De la politique à la religion, en passant par le social et le lyrique,
rien n’aura été laissé aux oubliettes.
Par ailleurs, si
les lecteurs pouvaient faire un reproche à Délices
d’épices, c’est bien qu’il s’est contenté de l’actualité nationale. Mais
cette fois-ci, ils sont comblés avec une incursion dans cet univers international
enclin à des dérives énormes, hégémoniques, politiques et religieuses.
Mais avant
d’évoquer cette envergure imprimée à l’ouvrage, une mise au point de ma part me
semble indispensable.
Armand Adjagbo
sait, en effet, que sur cette question des révolutions arabes, nos points de
vue ne concordent pas. Fan du XVIII ème siècle français, je sais surtout qu'un
peuple bâillonné est avant tout, un peuple qui se meurt lentement et que, même
avec la plus grande richesse, un homme qui manque de liberté d'action et
d'expression ne saurait être heureux. Et ce n'est pas parce que j'écris cette
préface depuis Tunis, berceau de ce printemps arabe, que je me conforte
davantage dans cette logique. Je crois avant tout que l'homme, n'est rien
d'autre que sa liberté.
Que le slameur
veuille que je lui écrive une préface à une œuvre où, (ou) vertement, il s'en
prend à l'Occident pour avoir soutenu les peuples arabes dans leur printemps c’est,
ce me semble, un piège tendu, dans
lequel je ne tomberai pas ; non pas par une fuite en avant mais surtout
parce que les arguments développés ne
manquent pas de pertinence.
Le monde, en
effet, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale et la chute du mur de
Berlin marquant le terme de la guerre froide où Soviétiques et Américains
s’affrontaient par États interposés, n’a connu autant de remous
socio-politiques et religieux qu’actuellement. Un clivage net se trace
désormais, entre ceux que Georges W. Bush, Président des Etats-Unis (2000-2008)
a, à tort ou à raison, appelés « l’Axe du mal » et le monde
occidental. La civilisation occidentale, chrétienne, qui a atteint son
apogée de liberté depuis le XVIIIe siècle avec les grands philosophes tels que
Jean-Jacques Rousseau, Montesquieu, Voltaire… qui ont conduit à la révolution
française de 1789, consacrant le déclin de la royauté, se décide d’imposer
cette vision politique à tous les peuples orientaux, musulmans. Et, le choc
s’installe, non pas au niveau des civilisations, mais précisément au niveau des
religions, avec le 11 septembre 2001 comme point culminant. Mais ce qui, le
plus, met en courroux, l'Orient et fait accentuer les tensions, c'est que
l’Occident, loin de la version politique officiellement déclarée dans cette
lutte, œuvre pour des fins économiques inavouées, en témoigne le choix des
États attaqués, les plus riches en sous-sol, et qui refusent de le partager,
non, de le donner gratuitement. Le seul exemple pour s'en convaincre est que
l'Arabie Saoudite, même étant un royaume, n'a jamais été inquiétée par ces
tensions. L'Occident semble ne viser que ses intérêts quand il s'en prend à un
pays. Et toutes les puissances, même avec des visions divergentes finissent
toujours par s'entendre, parce que des propositions mirobolantes de partage de
la manne du pays se font.
« Si
tu me donnes beaucoup de blé,
Moi je fais la guerre à tes côtés
Si
tu me laisses extraire ton or,
Moi je t'aide à mettre le général dehors.»
chantait l‘artiste musicien ivoirien Tiken Jah
Fakoly dans Plus rien ne m’étonne.
Je sais donc avant
tout que le slameur, comme beaucoup d'autres ont d'énormes justifications à leur
position antioccidentale.
Mais au-delà du
fond de ce texte qui pourrait susciter des polémiques, j'aimerais inviter à
s'attarder sur le style qui ne laisse personne indifférent. Morceau choisi de
la belle salade linguistique :
« Le sol
libyen constipé ploie
Sous le poids des
cadavres qu’on fit
Pour noircir
Kadhafi».
Cette image même
lugubre garde toute sa beauté de ce que l'on pourrait appeler « allégorie
de Kadhafi ». En effet, chacun des mots de cette séquence est fortement
connoté. Le « sol » à la place du sous-sol incarne toute cette
profusion de ressources diversifiées dont dispose le pays. Ceci, notamment
renforcé par la présence du participe passé « constipé » qui consolide
la thèse d'abondance extrême. La Libye en effet comme la RDC (République
démocratique du Congo) est un accident géographique et géologique qui combine tout
ce qu'un sous-sol peut avoir comme valeur. Le pays est si riche qu'il ne sait
plus quoi faire de ses biens.
La belle plongée
dans cet univers de pétro-dollar ne sera que le prétexte pour fustiger ces
révolutions arabes fortement soutenues par l’Occident, France et Etats-Unis en
tête. A la place de « révolutions », l’auteur trouve que ce sont des « révolues solutions » agissant
ainsi sur la phonétique pour obtenir des terminologies nouvelles battant en
brèche tout l’argumentaire développé pour applaudir ces changements de pouvoir
dans le monde arabo musulman.
Et le lexique du lugubre s’enchaîne pour
peindre d’un pinceau noir, tout ce que l’Occident a applaudi et a fait
voir en blanc :
démocratie
à prix de sang/Qui broie l’innocent/ Démocratie vendue à la criée/Qui boit du
sang/ Se nourrit de chair/Et danse la musique des armes/Avec des soutiens
en armes/ Pondeuses de charniers… du sang argent liquide/ Du cadavre billet
craquant… Il y a là de la matière à avoir la chair de
poule.
Dans cette même
verve au plan national, les mots pour reprendre l’actualité, sont autant durs
qu’accrocheurs. Il s’agit pour une bonne partie d’une apostrophe adressée à un
« fantôme rebelle ». Fantôme rebelle tout simplement parce
qu’il s’agit d’une victime d’assassinat qui refuse de laisser tranquille. Son âme
est en permanence là, qui hante. C’est une apostrophe qui vire pratiquement au
délire car, elle part de tentative d’explication de l’acte à une
culpabilisation profonde et sincère ; mais prend l’allure aussitôt d’imprécation,
de profération de puissance, détaillant au passage les nombreuses malices dont
on fait preuve pour déjouer les coups politiques et demeurer toujours seul
maître à bord. Le cœur même du pouvoir politique est atteint, décortiqué pour
permettre de comprendre qu’en réalité l’écrivain congolais Henri Lopès a raison
lorsqu’il a affirmé dans « Sans tam-tam » :
« Nous nous jetons sur le pouvoir pour le
pouvoir, l’esclave ne s’affranchit plus pour libérer de l’esclavage, mais pour
devenir maître d’esclaves. »
L’allégorie des
trois frères insérée dans le texte sous forme de conte, est cependant là, en
bon conseil pour ceux-là qui croient que, une fois au sommet, ils peuvent laisser
tomber de la fiente sur la tête des autres. L’heure de la descente viendra, où
ils n’auront plus personne, semble indiquer l’auteur. « La roche tarpéienne n’est pas loin du
capitole ». a-t-il signalé. Ainsi, tel G G Vickey, l’auteur convoque
la conscience de ceux qui se surestiment à l’instar de « Jeannette »
dans la chanson Vickey est mort. Les
dirigeants politiques doivent comprendre qu’il y a un temps pour tout et que le
même peuple qui a applaudi aujourd’hui, est le même qui peut lancer la pierre,
le jour suivant.
Heureusement dans
cette atmosphère très amère, le slameur trouve un espace pour se mettre en
scène. Mais ce sera encore pour se plonger dans, tel Lamartine dans une
tristesse profonde, mélancolique, voyant l’âme sœur en danger. L’image du
Christ sur le Golgotha est bien révélatrice de cette douleur de l’auteur de
voir sa moitié peut épanouie. En effet
ce passage lyrique s’inscrit autant que les autres dans un univers amer, pas
lugubre cependant. Car, il semble
exprimer l’éternité de ce feu dont les cendres encore incandescentes refusent
de s’éteindre. L’espoir atemporel auquel il invite, les moments heureux
ressassés, cette foi en l’avenir concourent à confiner l’auteur dans le ce
lyrisme.
Je ne saurais
finir cette incursion que l’auteur me permet de faire dans son œuvre dans cette
ambiance terne. Car, avant tout, s’il s’acharne à démontrer un monde aux abois,
ce n’est point de sa faute. Que peut-on face à la réalité ! Je pense que
c’est une contribution assez heureuse, annonciatrice comme une hirondelle, d’un
printemps, non arabe, mais humaniste, qui ne saura être ni téléguidé, ni
détourné par les extrémistes occidentaux avec leurs films et caricatures, ni
par les Islamistes avec leurs assassinats et autres attentats à la bombe. Je
voudrais ainsi retrouver cet espoir à travers le titre de l’ouvrage, original,
dont je tente ici, quelques explications.
« Slamodrome » est en effet un
néologisme qui combine[U1]
deux mots, « slam », le genre du texte et « drome », affixe
français qui signifie course, mouvement et qui en Anglais, peut se lire
« drum » tam-tam. A travers cet instrument rythmé qui invite à la
danse, c'est l'image du mouvement qui demeure. Le slameur avec cette
combinaison voudra proposer une piste de réflexion sur laquelle il invite les
jeunes de la « génération consciente » de ce siècle de liberté, à
éclore la parole et à ne plus demeurer des éternels assistés, des spectateurs
passifs ou « joyeux » de ces mélodrames, ces « belles
tragi-comédies » comme il l'a écrit, qui se jouent au sommet de nos États.
C'est aussi, une manière pour lui d'indiquer une nouvelle voie, une option
neuve choisie désormais pour communier avec le peuple.
C’est enfin, un
cri d’espoir qui conforte chaque jeune dans un monde qui n’a d’autres refrains
actuellement que le lexique de la terreur. Cri d’espoir pour faire taire « les
balles » comme le demande Eustache Prudencio « Que les balles se
taisent » (dans violence de la race)
Et pour entonner comme G G Vickey, « La roue tournera ».
Fyoton
Anicet MEGNIGBETO
Aéroport
International Mohamed V de Casablanca en provenance de Tunis, ce 30 septembre
2012.
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